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Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Mai-Juin-Juillet 2010

à Nettuno, qui était assez loin, elle était toujours

accompagnée par moi ou par Teresa Cimarel-

li…»

«Elle avait horreur des paroles grossières

et de tous les discours contraires à l’honnê-

teté», dit la mère. «Gardez votre langue, avait

dit le Père passioniste qui l’avait préparée à sa

première Communion, parce qu’elle est la pre-

mière à toucher le Corps du Seigneur…». Et son

frère Mariano: «Elle était très modeste dans

ses paroles, sa manière de s’habiller et de se

conduire». Sa modestie attirait l’attention. Son

meurtrier (qui plus tard s’était converti) dit lui-

même:

Modeste et réservée

«Cette petite, à l’exemple de sa mère, était

réservée. Elle portait des robes longues et,

même quand il faisait chaud l’été, elle n’avait

jamais une tenue négligée. Je me rappelle en

particulier qu’elle fuyait la compagnie des jeu-

nes filles appartenant à une famille qui habitait

près de chez nous, parce qu’elles étaient légè-

res. Quand elle allait puiser de l’eau à la fontai-

ne, je me souviens qu’elle cherchait à faire vite

pour ne pas s’attarder avec celles qui avaient

l’habitude de parler librement, et nous nous

étonnions de la voir arriver si vite à la maison.

Je ne l’ai jamais vue s’arrêter à jouer avec des

garçons de son âge. Quand elle allait faire des

commissions, elle filait, sans s’arrêter. Même

avec ses frères, je l’ai toujours vue se compor-

ter avec une grande réserve. J’avais des jour-

naux et des périodiques illustrés; je n’ai jamais

remarqué qu’elle fût tentée d’en regarder les

images. Je ne l’ai jamais vue faire quelque

chose contre la pureté; je l’estimais beaucoup

pour la manière dont elle se conduisait».

Une pauvre veuve exploitée

Quoiqu’elle n’avait pas encore 12 ans, Ma-

rietta ne s’était pas aperçue qu’elle était deve-

nue une jeune fille, mais d’autres l’avaient re-

marqué.

Son père, le brave Luigi Goretti, s’était asso-

cié, déjà à Paliano, avec une autre famille, les

Serenelli, pour travailler ensemble le domaine

trop grand et trop dur à cultiver avec ses seuls

bras. Giovanni, le père de cette famille, un veuf

qui avait à sa charge son fils, Alessandro, s’eni-

vrait à chaque dimanche. C’était un bon tra-

vailleur sans doute, mais ce n‘était pas l’associé

idéal pour une famille profondément chrétienne

comme les Goretti. Et le brave Luigi s’en était

aperçu; au point que, avant de mourir, dans son

délire, il ne cessait de répéter: “Il faut qu’Assun-

ta retourne à Corinaldo”.

Après la mort de Luigi, principal soutien et

défenseur de la famille Goretti, il ne resta en

face des Serenelli qu’une pauvre veuve et une

nichée de bambins de deux à quatorze ans. As-

sunta ne crut pas possible de réaliser immédia-

tement le désir de son mari. Comment subvenir

aux besoins de ses enfants sans les ressources

que leur procurait le domaine?

(

Après la mort de Luigi, les Serenelli exploi-

taient la famill

e)… et il fallait toujours les endu-

rer et se taire, pour ne pas perdre le malheu-

reux morceau de pain de chaque jour. Assunta

déclare que, souvent, elle et ses enfants durent

pâtir de faim à cause des Serenelli. Voici ce que

dit Assunta:

«Le vieux Serenelli avait un caractère auto-

ritaire et il s’enivrait… Si son fils s’est dépravé

par la lecture, je dois dire que c’est lui qui lui

apportait des mauvais journaux et des illustra-

tions obscènes chaque fois qu’il allait à Nettuno,

tandis qu’Alessandro, en temps ordinaire, ne

s‘éloignait pas de la campagne et ne s’associait

point à ses compagnons. Celui-ci avait tapissé

les murs de sa chambre d’images découpées

dans ces journaux. Je fis des observations, afin

qu’il les ôtât, mais il me répondit mal et me dit:

«Si elles vous gênent, vous n’avez qu’à ne pas

les regarder».

L’enfance d‘Alessandro

Alessandro perdit sa mère alors qu’il était

très petit. Il fut élevé par une parente qui le trai-

tait comme un étranger. Son père ne s’occupa

presque pas de lui. Assunta, la mère de la petite

martyre, dépose: «Alessandro était un jeune

homme physiquement développé et robuste,

assidu au travail, respectueux envers son père

et envers moi… Aux fêtes, il allait à la Messe, et

tous les deux mois, il s’approchait des Sacre-

ments; tous les soirs, il récitait le rosaire avec

nous. Mais il était d’un caractère renfermé, soli-

taire et froid; il fuyait la compagnie des autres;

quand il ne travaillait pas, il s’enfermait dans

sa chambre, absorbé, pensif, plongé dans ses

mauvaises lectures…»

Nous savons qu’Alessandro aimait non seu-

lement lire tout ce qui lui tombait sous la main,

mais qu’il se délectait de la lecture des chroni-

ques criminelles et des revues illustrées plus

ou moins pornographiques. Le vice qu’il avait

contacté dans sa jeunesse et qu’il n’avait pas

combattu, mais au contraire alimenté de mau-

vaises lectures, fut la cause de sa ruine com-

plète. Naturellement toutes ces lectures déve-

loppaient ses bas instincts… Il avoue en effet:

«Un violent désir de luxure se développa alors

en moi…»

Éducation chrétienne superficielle

Son éducation chrétienne avait été trop su-

perficielle; privé de mère, privé d’une affection

vraie et profonde, privé des convictions capa-

bles de le retenir, nourri des lectures dont nous

avons parlé et retranché dans son mutisme, il

avait développé en lui une passion effrénée. Un

jour que le démon le tentait comme de coutu-

me, il osa s’adresser à Marietta… une et deux

fois… Mais l’innocente enfant «ne comprenait

même pas le mal auquel je l’invitais» avouera-t-

il lui-même.

Cependant ces paroles firent à Maria l’effet

de l’eau bouillante sur une brûlure. Et elle prit

la fuite… Elle n’avait bien compris qu’une seule

chose: qui était restée gravée en elle: on voulait

lui faire commettre un péché, lui faire transgres-

ser la loi de Dieu, et elle en garda une terreur

confuse…

Elle se dit en elle-même

: «Non, non !

Je me ferai plutôt tuer !» Ce soir-là, Marietta ré-

cita ses prières avec davantage de ferveur, elle

souhaita une bonne nuit à sa maman et s’étant

couchée, elle pria longuement avant de s’en-

dormir.

Pendant un long mois, Marietta évita tou-

jours sans en avoir l’air, le regard du tentateur

dont elle se sentait transpercée comme par une

flèche brûlante et acérée; depuis ce jour «elle

ne se sépara jamais de son chapelet qu’elle ne

posait que lorsqu’elle devait travailler» dira son

assassin lui-même, qui, en l’épiant pour trouver

le moment opportun à l’accomplissement de

ses noirs desseins, notait ses moindres mouve-

ments.

En effet Serenelli était décidé «à tout prix,

même s’il me fallait la tuer !…» C’est dans ce

but que le criminel, dominé par la passion et de-

venu déjà à moitié de la proie de Satan, prépara

un stylet de vingt-quatre centimètres de long

avec une pointe de trois millimètres de large

qu’il aiguisa et mit dans sa chambre. L’occasion

ne manquerait pas de se présenter: il guettait.

Sainte Maria Goretti choisit le martyre pour garder sa pureté

(suite de la page 16)

La Vierge Marie veillait

sur cette enfant de prédilection

( suite en page 18 )

Menace de mort

Cependant le monstre voulait le silence: «Si

tu dis un mot, je te tue !» lui avait-il dit ce jour-

là et elle savait qu’il était capable de le faire.

Marietta, «par honte» comme elle dira avant de

mourir… ne parle pas, mais elle pense à sa pu-

reté… — Maman, ne me laissez pas toute seule

à la maison… j’ai peur…

Mais la pauvre mère, préoccupée de tant

d’autres choses, ne comprit pas et, croyant à

un caprice d’enfant, ne fit pas attention. Cepen-

dant, Maria était toujours sur le «qui-vive»: elle

travaillait hors de la maison, toujours en compa-

gnie de ses frères ou de sa mère, de plus en plus

unie à Dieu par la prière… Elle savait et pressen-

tait. Partout elle voyait l’ombre de son ennemi.

«Ne craignez rien de ceux qui peuvent tuer le

corps, mais ne peuvent tuer l’âme», dit Notre-

Seigneur à ses disciples. Marietta craignait seu-

lement le péché, la plaie la plus repoussante qui

existe dans toute la création…

Le samedi qui devait se terminer si glorieu-

sement pour notre petite martyre, Marietta avait

dit à Térésa Cimarelli: «Térésa, allons-nous de-

main à Campomorto? Il me tarde de pouvoir

communier». Elle avait faim du pain de vie qui

nourrit les vierges…

La tempête éclata soudain en ce beau et

calme après-midi du 5 juillet 1902. Les Goretti

et les Serenelli avaient consommé leur frugal

repas. Alessandro va dans sa chambre, prend

une vieille chemise et la pose sur son lit avec

d’autres vêtements à raccommoder.

Revenu à la cuisine, il dit: «Marietta, pense

qu’il y a une de mes chemises à raccommo-

der…» Maria ne répond pas. Elle eut un frisson.

Assunta, voyant qu’elle ne répondait pas lui

dit: — Marietta, tu entends ce que te dis Ales-

sandro? Et elle: — Où se trouve-t-elle cette che-

mise? — Sur mon lit, et il y a aussi les pièces et

tout ce qu’il faut…

Le démon avait bien calculé: il s’emparerait

de l’enfant quand elle viendrait raccommoder la

chemise, pendant que tous les autres seraient

là-bas, loin, à battre les fèves dans l’aire… Ce

n’est que lorsqu’ils furent tous partis que Maria

alla chercher la chemise; elle revint immédiate-