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Mai-Juin-Juillet 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

César ne doit pas empiéter sur ce qui appartient à Dieu

ni sur ce qui appartient aux citoyens. Mammon,

présentement servi par César, n’a aucun droit

(suite de la page 13)

Or, la capacité de production du pays est

loin d’être épuisée, quand le problème du jour

est justement de trouver des emplois pour des

bras qui s’offrent et pour des machines en at-

tente.

Si les moyens de paiement créent un pro-

blème, c’est parce qu’ils ne correspondent

pas aux moyens de production. Les permis de

tirer sur la capacité de production sont très

inférieurs à la capacité de production dispo-

nible.

Cette pénurie de permis est une situation

injustifiable, surtout quand le système d’ar-

gent est, comme aujourd’hui, un système de

chiffres, une comptabilité. Si la comptabilité

monétaire ne correspond pas à la capacité de

production, ce n’est pas la faute des produc-

teurs, ni de ceux qui ont besoin de la produc-

tion. Ce sont les contrôleurs de l’argent et du

crédit financier qui rationnent les permis en

face d’une capacité de production non utilisée

qui ne demande pas mieux que de servir.

Les citoyens ne peuvent pas eux-mêmes

corriger cette déformation des réalités par le

système financier. Mais César, lui, peut le faire.

Puisqu’il est César, puisqu’il a la charge et le

pouvoir de veiller au bien commun, il peut et il

devrait ordonner aux contrôleurs du système

financier d’accorder leur mécanisme au réel.

Tant que César refuse ce redressement,

il se fait le serviteur, l’instrument de la dicta-

ture financière; il déchoit de ses fonctions, et

les impôts qu’il demande aux termes de cette

fausseté financière ne lui sont pas dus. “La

taxation moderne» est un vol légalisé, a bien

dit Douglas. César n’a pas le droit de légaliser

un vol.

Personne ne refuse à César de taxer la ca-

pacité de production du pays pour les besoins

publics — tant du moins qu’il ne prendra pas

une telle part que la part restante ne pourrait

plus suffire à la demande des besoins privés.

Et encore une fois, les parlements sont là pour

y voir. Malheureusement, les parlements aussi

en sont venus à borner leur vision aux limites

posées par le système d’argent.

Si toute la capacité de production du pays

était représentée par une capacité financière

équivalente entre les mains de la population,

oh! alors on pourrait de quelque manière

empêcher la population de l’employer entiè-

rement pour ses besoins privés, afin de ne

pas priver César de ses nécessités. Et encore,

même alors, il faudrait que cela se fasse sans

priver les personnes et les familles de leur part

à une quantité suffisante au moins pour leurs

besoins essentiels (nourriture, vêtement, loge-

ment, chauffage, soins médicaux).

Répétons-le, ce n’est pas le cas. Non seu-

lement la capacité de production du pays n’est

que partiellement utilisée, mais, collective-

ment, la population n’est même pas capable

de payer tout ce qu’elle produit. Les dettes

privées, industrielles et publiques, en sont la

manifestation évidente.

Mammon

Cette somme de dettes, pour de la pro-

duction réalisée, plus la somme de privations

causée par la non-production due à un défaut

d’argent, représentent le sacrifice exigé par la

dictature financière. Par Mammon.

Or, Mammon n’est pas un César légitime.

On n’a rien à rendre à Mammon, parce que rien

n’appartient de droit à Mammon. Mammon est

un intrus, un usurpateur, un voleur, un tyran.

Et Mammon est devenu le souverain su-

prême, au-dessus de César, au-dessus des

plus puissants Césars du monde.

César est devenu l’instrument de Mam-

mon, percepteur de taxes pour Mammon.

Si César a besoin d’une partie de la capa-

cité de production du pays pour accomplir ses

fonctions, il a aussi terriblement besoin de sur-

veillance. Et il doit être réprimandé lorsqu’au

lieu d’être une institution au service du bien

commun, il s’est fait le serviteur, le valet de la

tyrannie financière.

Le grand désordre moderne, qui s’est dé-

veloppé comme un cancer formidable pendant

que de merveilleux progrès dans la production

auraient dû affranchir les hommes des soucis

matériels, c’est qu’on a tout référé à l’argent,

comme à une réalité. C’est d’avoir laissé à des

individus le droit de réglementer les conditions

de l’argent, non pas en comptables de réalités,

mais en fonction de leurs propres profits et de

la consolidation de leur pouvoir despotique sur

la vie économique tout entière.

L’argent né avec la production

Il est une autre occasion, moins citée et

pourtant bien intéressante, où Jésus eut affaire

avec l’impôt. Et cette fois-là, il ne s’agissait pas

d’un tribut au vainqueur, mais d’un impôt éta-

bli par la nation juive elle-même. (Matthieu 17,

24-36.) Les percepteurs de cette taxe vinrent

trouver saint Pierre et lui demandèrent: «Vo-

tre maître (Jésus) ne paie-t-il pas le didrachme

de l’impôt ?» Jésus dit à Pierre: «Va à la mer,

tire le premier poisson qui montera, ouvre-le;

tu trouveras dans son ventre un statère, et tu

le donneras aux percepteurs pour toi et pour

moi.» Pierre, pêcheur de son métier, se tira très

bien d’affaire.

C

ette fois-là, l’argent naquit avec la pro-

duction. Le gouvernement ne peut faire de

miracle, mais il peut très bien ordonner le

système monétaire de sorte que l’argent soit

basé sur la production, en rapport avec la pro-

duction. Faire chiffrer la capacité de produc-

tion du pays, et faire chiffrer en conséquence

les moyens de paiement pour les deux sec-

teurs: privé et public. Ce serait plus confor-

me au bien commun que d’abandonner ce

contrôle de l’argent et du crédit à l’arbitraire

des grands-prêtres de Mammon.

«Les contrôleurs de l’argent et du crédit

sont devenus les maîtres de nos vies, et per-

sonne ne peut plus respirer sans leur permis-

sion»

(Pie XI, encyclique

Quadragesimo Anno

),

en autant seulement qu’ils le permettent.

Nous refusons cette dictature implacable de

Mammon. Nous condamnons la déchéance de

César. Nous ne reconnaissons pas à un César

«déchu de ses nobles fonctions» le droit de dé-

pouiller les individus et les familles pour Mam-

mon, ni pour se conformer aux règlements à

base de cupidité et de fausseté de Mammon.

La dictature de Mammon est ennemie à la

fois de César et de Dieu, de la personne hu-

maine créée par Dieu, de la famille instituée

par Dieu.

Les créditistes travaillent à se libérer de

cette dictature. En même temps, ils se trouvent

à travailler pour libérer César de son assujettis-

sement. A ce titre, les créditistes sont à l’avant

de ceux qui, dans le concret, sur la terre des

hommes, veulent rendre à César ce qui lui ap-

partient, à la personne créée à l’image de Dieu

ce qui lui appartient, à la famille instituée par

Dieu ce qui lui appartient, à Dieu ce qui appar-

tient à Dieu.

Louis Even

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