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Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Mai-Juin-Juillet 2010

S’il faut rendre à César ce qui appartient à

César, il faut d’abord, et avec plus de scrupule,

laisser à la personne ce qui appartient à la per-

sonne, laisser à la famille ce qui appartient à la

famille.

La personne a priorité sur toutes les institu-

tions, financières, économiques ou politiques,

priorité sur les gouvernements eux-mêmes.

On ne saurait trop le répéter, tellement l’idée

contraire prévaut généralement dans la prati-

que.

«La personne humaine doit être placée au

premier rang des réalités terrestres.»

(Pie XI,

encyclique

Divini Redemptoris

.)

«C’est la personne humaine que Dieu a

placée au faîte de l’univers visible, la faisant,

en économie comme en politique, la mesure

de toute chose.»

(Pie XII, lettre au président

des Semaines Sociales de France, le 14 juillet

1946.)

La personne naît dans une famille. Elle est

élevée dans une famille. La famille est la seu-

le société temporelle établie directement par

Dieu. C’est d’ailleurs la cellule du corps social.

Lorsqu’un César, le César municipal, en-

lève à une famille la maison où elle élève ses

enfants, pour la seule raison que cette famille

n’a pas assez d’argent pour payer ses taxes,

ce César-là vole cette famille d’un bien à elle,

dont elle a besoin pour la vie normale des per-

sonnes qui la composent. César se fait voleur.

De même, lorsqu’un César, provincial ou

fédéral, par ses impôts, par ses taxes, directes

ou indirectes, tranche dans le revenu néces-

saire à la vie d’une personne, d’une famille, ce

César-là vole la personne, la famille, d’un bien

qui lui appartient. César se fait voleur.

César n’a pas ce droit-là. Il ne lui est pas

permis de vivre aux dépens de la vie normale

de la personne, au détriment de la vie de la fa-

mille, cellule de la société. C’est porter atteinte

à la santé de la société elle-même. De par sa

fonction propre, César doit, au contraire, pro-

téger les droits et les biens des personnes, des

familles.

La part de César

Mais il faut tout de même rendre à César

ce qui appartient à César. Oui, lui accorder,

non pas tout ce dont il veut ou peut s’emparer,

mais ce qui lui appartient.

Et qu’est-ce qui appartient à César ? Nous

croyons pouvoir le définir ainsi: Ce qui est

nécessaire à César pour accomplir ses fonc-

tions.

Cette définition semble admise implicite-

ment par César lui-même, par le gouverne-

ment, quand il dit à ceux qui se plaignent du

fardeau des impôts: «Plus le peuple demande

de choses au gouvernement, plus le gouver-

nement a besoin de moyens pour l’accom-

plir.» C’est vrai. Mais pour accomplir ses fonc-

tions propres, César ne doit pas recourir à des

moyens qui empêchent les personnes, les fa-

milles d’accomplir les leurs.

D’ailleurs, César est toujours tenté, pour

accroître son importance, de s’emparer de

fonctions qui sont bien plus du domaine des

familles, des organismes dits inférieurs, que

du sien propre. Puis, encore, les citoyens re-

courraient bien moins à César, si César com-

mençait par supprimer un obstacle que lui

seul a le pouvoir de supprimer — l’obstacle

artificiel créé par un système financier en dé-

saccord avec les immenses possibilités de sa-

tisfaire les besoins matériels normaux de tous

les individus, de toutes les familles du pays.

Parce qu’il n’accomplit pas ce redresse-

ment, que lui seul peut accomplir, César sort

de son rôle, accumule des fonctions, s’en auto-

rise, pour imposer des charges lourdes, par-

fois ruineuses, aux citoyens et aux familles.

Il devient ainsi l’instrument d’une dictature

finan-

cière qu’il devrait abattre, et l’oppresseur de

citoyens et de familles dont il est censé proté-

ger la vie et les biens.

La vie de l’individu n’appartient pas à Cé-

sar, mais à Dieu. C’est un bien sur lequel Dieu

seul a droit, que personne, pas l’individu lui-

même, n’a le droit de supprimer ni de raccour-

cir délibérément. Et si César, par ses exactions,

coupe la vie d’un individu, s’il le place dans des

conditions qui abrègent ses jours, alors César

prend ce qui ne lui est pas dû, ce qui appartient

à Dieu.

La personne et la famille sont une création

de Dieu, que César ne doit ni détruire ni s’ap-

proprier, dont il doit au contraire protéger l’in-

tégrité et les droits contre quiconque cherche à

y porter atteinte.

Mais César a tout de même des fonctions à

accomplir qu’on ne peut songer à confier à des

particuliers. Il est des services et des biens ma-

tériels qu’on ne peut bien obtenir que de César

— disons, par exemple, une armée pour défen-

dre le pays en cas d’attaque, une police pour

maintenir l’ordre contre ceux qui voudraient le

troubler, la construction de routes, de ponts, de

moyens publics de communication entre les

diverses agglomérations du pays. Il faut bien

fournir à César les moyens de rendre ces servi-

ces et de procurer ces facilités à la population.

Certainement. Mais de quoi César a-t-il be-

soin pour y pourvoir? Il a besoin de ressour-

Une chose n’appartient pas à César

du seul fait qu’il la demande.

L

es droits de César sont limités

par les droits prioritaires de la personne.

La personne

humaine appartient à Dieu

Alors il leur dit: «Rendez donc à Cé-

sar ce qui est à César, et à Dieu ce qui est

à Dieu.» (Matthieu) 22:21.)

(suite en page 14)

ces humaines et de ressources matérielles. Il

a besoin de pouvoir employer des hommes et

utiliser des matériaux, des forces motrices et

autres moyens de production.

César a besoin d’une partie de la capacité

de production du pays. Et dans un régime dé-

mocratique, c’est aux représentants attitrés

du peuple qu’il appartient de déterminer quel-

le part de la capacité de production du pays

pourra être dérivée vers les besoins de César.

Penser en termes de réalité

Si l’on veut bien penser ainsi en termes

de réalités, on admettra qu’il n’y a aucune dif-

ficulté à accorder à César une partie de la ca-

pacité de production du pays, tout en laissant

à la disposition des besoins privés une capa-

cité de production capable de répondre abon-

damment à tous leurs besoins normaux.

Employons le mot «taxer» dans son sens

non rétréci de «mettre à contribution». On

pourra dire que les besoins privés comme les

besoins publics taxent (mettent à contribution)

la capacité de production du pays. Quand je

demande une paire de chaussures, je taxe la

capacité de production de chaussures. Quand

le César provincial fait construire un kilomètre

de route, il taxe la capacité de production de

routes pour une longueur d’un kilomètre. Avec

la capacité moderne de production, il ne sem-

ble pas que la construction de routes nuise à

la fabrication de chaussures.

C’est quand on cesse de considérer la

situation en termes de réalités, pour s’expri-

mer en

t

ermes d’argent, que les difficultés

commencent. La taxe prend alors un autre

aspect et porte sur un autre endroit, sur les

porte-monnaie. Si César taxe mon revenu

de 60$ comme contribution pour sa route,

alors il m’enlève l’équivalent d’une paire de

chaussures pour faire sa route. Pourquoi cela,

alors que la capacité de production du pays

pouvait lui fournir sa route sans m’enlever ma

paire de chaussures?

Pourquoi ? — Parce que le système d’ar-

gent fausse les faits.

—Mais il faut bien que César paie les hom-

mes qu’il emploie. Il faut bien qu’il paie les ma-

tériaux qu’il achète d’un producteur de maté-

riaux.

— Assurément. Mais en définitive, qu’est-

ce qu’il fait quand il paie, disons, 400$ à un

ingénieur ? Il donne à cet ingénieur le droit

de demander pour 400 $ de produits ou de

services à la capacité de production du pays.

Est-il nécessaire, pour satisfaire les besoins de

l’ingénieur, de me priver du droit à une paire

de chaussures? La capacité de production du

pays ne peut-elle pas répondre aux besoins

de l’ingénieur sans diminuer la production de

chaussures?

Tout est là. Tant que la capacité de pro-

duction du pays n’est pas épuisée, il n’y a nul-

lement besoin de taxer le secteur privé pour

subvenir au secteur public.

(suite de la page 12)

partient

au peuple pour le passer à Mammon.

Or, le gouvernement, tous les gouvernements

aujourd’hui commettent ces deux fautes-là.