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Mai-Juin-Juillet 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

par

Louis Even

C’est pour tendre un piège à Jésus, cher-

chant à le faire prononcer un discours com-

promettant, que les Pharisiens lui envoyèrent

leurs disciples avec des Hérodiens, partisans

de la politique de Rome, lui poser la question:

«Est-il permis, ou pas permis, de payer le tri-

but à César ?»

(Matthieu 22, 17.)

Le tribut, différent de nos impôts de ci-

toyens libres, avait un caractère d’assujettis-

sement: c’était la contribution imposée par un

vainqueur à un vaincu (Rome avait conquis la

Palestine par les armes).

Notre-Seigneur commença par démasquer

le jeu des envoyés:

«Hypocrites, pourquoi

me tendez-vous un piège?»

Puis, s’étant fait

montrer la «monnaie du tribut», sur laquelle

était l’effigie de César, il leur dit:

«Rendez donc

à César ce qui appartient à César et à Dieu ce

qui appartient à Dieu».

Ratatinement

Le but ordinaire de ceux qui citent cette

phrase, c’est d’appuyer sur le devoir de payer

les taxes, les impôts. Ils le font même avec

beaucoup d’éloquence. La plupart du temps,

d’ailleurs, ils s’arrêtent à la première moitié de

la phrase: celle qui concerne César. L’autre,

concernant ce qui appartient à Dieu, passe

dans l’ombre, tellement César occupe de l’im-

portance, de la place, du temps dans leur dis-

cours.

Et même dans cette première partie de la

citation, il est plus que rare d’entendre faire

remarquer le caractère limitatif des mots «ce

qui appartient à César». Limitatif, parce que

tout ne lui appartient pas. Apparemment,

d’après les prédicants de l’impôt, il faudrait

donner à César tout ce qu’il demande. Or, les

Césars ont communément l’habitude d’avoir

beaucoup d’appétit, sans trop se soucier de

savoir s’il n’y a pas des choses qui sont dues

à ceux qu’ils pressurent.

César, bien entendu, c’est le gouvernement.

Oumieux, les gouvernements, car on a autant de

Césars qu’il y a d’échelons dans la structure po-

litique du pays. Au Canada: Césars municipaux,

Césars provinciaux, César fédéral. En attendant

qu’on nous afflige d’un César «supranational»

à juridiction mondiale, pour couronner la pyra-

mide.

Mais est-ce qu’une chose «appartient à

César» par le seul fait qu’il la demande?

Limites au pouvoir de César

«Rendre à César ce qui appartient à César»

ne doit pas être invoqué pour autoriser César

à prendre ce qui ne lui appartient pas. Ni pour

lui permettre d’enlever au peuple ce qui ap-

À César ce qui

appartient à César

et à Dieu ce qui

appartient à Dieu

Lors de son audience générale du mercre-

di 10 février 2010, le Pape Benoît XVI a parlé

de Saint Antoine de Padoue, «un des saints

les plus populaires de l’Église catholique», et

a cité les paroles de ce saint au sujet de l’im-

portance d’afficher «l’image du Crucifié» dans

les lieux publics, alors que les autorités publi-

ques de certains pays souhaiteraient interdire

la présence des crucifix dans les lieux publics,

comme l’a fait en novembre dernier la Cour

européenne des droits de l’homme, en déci-

dant que l’affichage de crucifix dans les éco-

les en Italie était une violation des droits de la

personne la liberté. Voici les paroles du Saint-

Père:

Antoine, à l’école de François, place tou-

jours le Christ au centre de la vie et de la pen-

sée, de l’action et de la prédication. Il s’agit d’un

autre trait typique de la théologie franciscaine:

le christocentrisme. Celle-ci contemple volon-

tiers, et invite à contempler les mystères de

l’humanité du Seigneur, l’homme Jésus, de ma-

nière particulière le mystère de la Nativité, Dieu

qui s’est fait Enfant, qui s’est remis entre nos

mains: un mystère qui suscite des sentiments

d’amour et de gratitude envers la bonté divine.

D’une part la Nativité, un point central de

l’amour du Christ pour l’humanité, mais éga-

lement la vision du Crucifié inspire à Antoine

des pensées de reconnaissance envers Dieu et

d’estime pour la dignité de la personne humai-

ne, de sorte que tous, croyants et non croyants,

peuvent trouver dans le crucifié et dans son

image une signification qui enrichit la vie. Saint

Antoine écrit: « Le Christ, qui est ta vie, est ac-

croché devant toi, pour que tu regardes dans la

croix comme dans un miroir. Là tu pourras voir

combien tes blessures furent mortelles, aucu-

ne médecine n’aurait pu les guérir, si ce n’est

celle du sang du Fils de Dieu. Si tu regardes

bien, tu pourras te rendre compte à quel point

sont grandes ta dignité humaine et ta valeur...

En aucun autre lieu l’homme ne peut mieux se

rendre compte de ce qu’il vaut, qu’en se regar-

dant dans le miroir de la croix » (S

ermones Do-

minicales et Festivi III

, pp. 213-214).

En méditant ces paroles nous pouvons

mieux comprendre l’importance de l’image du

Crucifié pour notre culture, pour notre humanis-

me né de la foi chrétienne. C’est précisément en

regardant le Crucifié que nous voyons, comme

le dit saint Antoine, à quel point sont grandes

la dignité humaine et la valeur de l’homme. En

aucun autre lieu on ne peut comprendre com-

bien vaut l’homme, pourquoi précisément Dieu

nous rend aussi importants, nous voit aussi im-

portants, au point d’être, pour Lui, dignes de

sa souffrance; ainsi toute la dignité humaine

apparaît dans le miroir du Crucifié et le regard

vers Lui est toujours une source de reconnais-

sance de la dignité humaine

.

Benoît XVI

Saint Antoine de Padoue et le crucifix

(suite en page 13)