Table of Contents Table of Contents
Previous Page  6 / 24 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 6 / 24 Next Page
Page Background

Page 6

Janvier-Février 2010

Journal Vers Demain, 1101 Principale St., Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

La revue romaine des Pères Jé-

suites, la “Civiltà cattolica”, a publié le

19 novembre 1983 un éditorial sur l’eu-

thanasie, écrit Don E. Chiavacci. Dans

son numéro du 1

er

avril 1984, “La Docu-

mentation Catholique” (5, rue Bayard,

75393 Paris Cedex 8) a publié la traduc-

tion française faite par elle-même de ce

texte italien.

L’article suivant de la “Civiltà catto-

lica” a été publié dans le journal Vers

Demain de janvier-février 2006. Nous

jugeons à propos de le reproduire de

nouveau puisque nous sommes très

menacés par cette loi criminelle de

l’euthanasie. Ce sont de larges extraits

de cet article lumineux que nous repu-

blions.

————————

Euthanasie, meurtre intentionnel

Au sens propre, on entend par eutha-

nasie le meurtre intentionnel, réalisé par

des méthodes sans douleur, «par pitié»:

c’est-à-dire pour mettre fin à des souf-

frances insupportables, soit pour éviter

à une personne une vie de souffrances

ou une vie non humaine.

Le geste de celui qui… se tue par une

puissante dose de poison pour échap-

per aux souffrances d’une grave maladie ou

à la dégénérescence physico-psychique de la

vieillesse, n’est donc pas une euthanasie. C’est

un suicide. L’euthanasie, par contre, fait partie

de la catégorie de l’homicide, avec la particu-

larité qu’elle est accomplie «par pitié» et sans

faire souffrir.

Il y a euthanasie lorsqu’on met fin à la vie

d’un malade atteint d’une maladie sûrement

mortelle, pour lui éviter les souffrances finales,

soit que cela soit demandé par le malade lui-

même ou par sa famille, soit que le médecin

agisse de sa propre initiative, soit que l’on

mette fin à la vie du malade par une interven-

tion positive (par exemple, en pratiquant sur lui

une injection mortelle), soit qu’on le fasse mou-

rir en ne lui donnant pas les soins nécessaires

(par exemple, en ne l’alimentant pas).

II y a euthanasie lorsque quelqu’un élimine,

à la demande des parents ou de sa propre ini-

tiative, un nouveau-né gravement handicapé

pour lui éviter, ainsi qu’à ses parents, de graves

souffrances, soit en le tuant directement, soit

en le faisant mourir par manque de nourriture

ou d’autres soins qui lui auraient permis de

vivre dans des conditions acceptables.

L’euthanasie se situe au niveau des inten-

tions. Il y a euthanasie quand on a l’intention

de mettre fin à la vie d’une personne ou d’en

accélérer la mort. Mais il n’y a pas euthanasie

lorsqu’on cherche à soulager les souffrances

d’une personne arrivée au stade ultime de la

maladie, en lui administrant des remèdes qui

peuvent accélérer, comme effet secondaire, le

processus mortel.

En effet, l’intention du médecin n’est pas de la

faire mourir, mais de soulager les souffrances en

utilisant des remèdes qui peuvent aussi accélérer

la fin. Celle-ci n’est pas voulue directement, mais

elle est seulement la conséquence possible et

accidentelle d’un geste que le médecin pose avec

une intention radicalement différente. En d’autres

termes, l’accélération de la mort n’est pas enten-

due comme un moyen pour soulager les souf-

frances du malade, mais elle survient accidentel-

lement, sans qu’on ait l’intention de la donner.

Personne n’a le droit de se tuer

On justifie parfois le recours à l’euthana-

sie par «le droit de mourir avec dignité». Mais

existe-t-il un droit de mourir avec dignité? Et

d’abord, existe-t-il un droit à la mort ?

Relevons, avant tout, que si la mort est,

d’une part, un événement inévitable qui fait

partie intégrante de la vie de l’homme sur la

terre, elle est, d’autre part, un événement dont

l’homme n’a pas le pouvoir absolu de disposer,

en ce sens qu’il ne peut disposer de sa propre

mort comme il l’entend. A proprement parler,

il y a le «fait» de la mort, mais il n’y a pas un

«droit de mourir», au sens de droit de se don-

ner la mort ou de la donner aux autres de son

propre chef. Personne, en effet, n’a le droit de

tuer ni de se tuer. Personne n’est maître de sa

propre mort ni de la mort d’autrui.

Il existe, par contre, le droit de mourir bien et

avec dignité, c’est-à-dire humainement et sans

souffrances évitables, de façon que soit respec-

tée la dignité propre de l’homme et ne soient

pas imposées des souffrances inutiles. C’est-à-

dire qu’existe le droit d’être soigné et assisté,

de sorte que la mort soit, autant que possible,

sereine et sans souffrances excessives; mais il

n’existe pas de droit de disposer de sa propre

vie, et donc de demander à d’autres personnes

qu’elles fassent mourir pour fuir la souffrance

ou l’humiliation qui accompagne la phase ter-

minale d’une maladie mortelle. C’est pourquoi

le droit de mourir avec dignité n’entraîne pas

le droit à l’euthanasie. La mort, avec les souf-

frances et les humiliations qui l’accompagnent,

fait partie de la condition humaine, et la dignité

de l’homme réside dans l’acceptation pleine et

courageuse de la condition humaine; elle ne

consiste pas à chercher à y échapper. Ce serait

un acte de lâcheté.

Mais si le droit de mourir avec dignité com-

porte le droit d’être soigné, le soin doit être

«humain»; c’est-à-dire qu’il doit tendre à alléger

les souffrances et les angoisses du malade, l’ai-

L’euthanasie est la suppression d’une vie humaine

Un attentat contre la souveraineté de Dieu sur la vie

der à mourir sereinement, mais il ne doit

pas lui imposer une lutte interminable

et inutile contre la mort en prolongeant

son agonie, à force de médicaments,

au-delà de toute limite raisonnable et

supportable.

Torture inutile: réanimation végéta-

tive

Au nom de Paul VI, le cardinal Villot

écrivait, le 3 octobre 1970, au secrétaire

général de la Fédération internationale

des associations médicales catholiques:

“Dans nombre de cas, ne serait-ce

pas une torture inutile d’imposer la

réanimation végétative dans la phase

dernière d’une maladie incurable? Le

devoir du médecin consiste plutôt à

s’employer à calmer la souffrance, au

lieu de prolonger le plus longtemps

possible, par tous les moyens et à tout

prix, une vie qui va naturellement vers

sa conclusion.” (Civ. Catt. 1970, IV, 277)

(2).

A ce propos, rappelons que, s’il existe

un droit a être soigné, il n’existe pas de

devoir, pour le malade, de se soumettre

à des soins qu’il juge trop onéreux. II est

dit dans la Déclaration sur l’euthanasie

(5 mai 1980), publiée par la Congréga-

tion pour la Doctrine de la Foi, après que Jean-

Paul II l’eut approuvée et en eut ordonné la pro-

mulgation:

Congrégation pour la Doctrine de la Foi

«Chacun a le devoir de se soigner et de se

fair

e soigner.» Mais, «il est toujours permis de

se contenter des moyens normaux que la mé-

decine peut offrir. On ne peut donc imposer

à personne l’obligation de recourir à un type

de soins qui, même déjà en usage, n’est tou-

tefois pas encore exempt de dangers ou est

trop onéreux…

“Dans l’imminence d’une mort inévitable

malgré les moyens il est permis en conscience

de prendre la décision de renoncer à des trai-

tements qui ne procureraient qu’un prolonge-

ment précaire et pénible de la vie, sans tou-

tefois interrompre les soins normaux dus au

malade en pareil cas. C’est pourquoi le méde-

cin n’a pas de raison d’être angoissé comme

s’il n’avait pas prêté assistance à une per-

sonne en danger.»

Mais il peut aussi arriver que quelqu’un

veuille vivre en pleine lucidité sa propre mort,

avec les souffrances et les angoisses qu’elle

comporte normalement, pour pouvoir ainsi

s’unir plus intimement à la passion et la mort

du Christ, et que pour cela il demande qu’on

renonce à l’utilisation d’analgésiques qui obnu-

bilent et suppriment la conscience. Une telle

volonté doit être respectée.

«Il ne faut pas s’étonner — observe le

document cité à l’instant — si quelques chré-

tiens désirent modérer l’utilisation des anal-

gésiques pour accepter volontairement au

moins une part de leurs souffrances et s’asso-

cier ainsi de façon consciente aux souffrances

du Christ crucifié.»

Cela aussi fait partie du «droit de mourir

avec dignité». Il est clair, cependant qu’un trai-

tement «humain» est chose radicalement diffé-

rente de l’euthanasie. En effet, par celle-ci on

tue une personne, ou bien on abrège directe-

(suite en page 7)