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Janvier-Février 2010

Journal Vers Demain, 1101 Principale St., Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

L’article suivant fut écrit en avril 1964 par

Louis Even. On le relira avec profit en 2010. Les

chiffres ont grossi depuis 46 ans. Ce qui veut

dire que les problèmes sont plus graves encore

pour tous, gouvernements et contribuables.

Nos édiles fédéraux et provinciaux auraient

mieux fait de tenir compte des leçons de Louis

Even. Leurs conférences fédérales-provinciales

répétées auraient été plus fructueuses.

Abolir totalement les taxes comme le permet-

trait l’application du Crédit Social ! Ne serait-ce

pas un objectif à poursuivre et à réaliser pour ceux

qui détiennent le pouvoir? Humblement soumis à

leur compétence.

Taxomanie et gouvernementomanie

Que font les électeurs qui vont aux bureaux de

votation le jour d’une élection générale, fédérale

ou provinciale? — Ils décident quels hommes ou

quel groupe d’hommes seront au pouvoir pen-

dant un certain terme, généralement quatre

ans dans notre pays.

On pourrait aussi bien dire: Ils décident qui

va les taxer d’ici la prochaine élection. Car c’est

cela: quel que soit le parti au pouvoir, son sou-

ci le plus constant est de trouver de l’argent.

Or, sous le présent système financier, il trouve

l’argent en taxant ou en empruntant. Et quand

il emprunte, cela veut dire une nouvelle base

pour de futures hausses de taxes.

Dans la province de Québec, il y a cinq ans

(1959), le gouvernement avait besoin de 500

millions par an; aujourd’hui (1964), il lui en

faut trois fois 500 millions ! La politique du

gouvernement Lesage, dite par lui «politique

de grandeur», est surtout une politique «coû­

teuse». Bien des gens se demandent où est la

grandeur, mais tous sentent l’existence d’une

pompe.

La «taxomanie», la manie de taxer, est gref-

fée sur la manie de vouloir tout gouverner. Pro-

lifération de ministères, de fonctionnaires, de

commissions, pour mettre le nez du gouverne-

ment partout. Et partout où il met son nez, il

plante aussi sa main dans les poches, tant qu’il

y reste quelque chose à gratter.

Oh ! toujours sous prétexte d’aider:

«Vous n’êtes pas capables de payer, dit-

il, je vais le faire à votre place — au moins

en grande partie. Je vais payer votre séjour

à l’hôpital. Je vais aider votre Commission

scolaire à payer vos écoles et vos profes-

seurs. Je vais aider vos grands garçons et vos

grandes filles à faire un cours d’université,

pour qu’ils apprennent à se moquer de tout,

de votre autorité parentale y comprise, et

à exploiter plus tard ceux qui n’auront pas

eu comme eux le privilège de s’instruire. Et

puisque je paye à votre place, il me faut de

l’argent. Et pour avoir de l’argent, eh bien!

je taxe. Préparez vos piastres !»

C’est vrai que les individus et les familles ne

peuvent plus eux-mêmes payer les services dont

ils ont besoin, qu’il s’agisse d’hôpitaux, d’éco-

les, d’aqueducs, et autres. Mais plus le gouver-

nement le fait à leur place, plus il taxe. Et plus il

taxe, moins les gens sont capables de voir eux-

mêmes aux frais de ces services. Et moins ils en

sont capables, plus le gouvernement intervient;

et plus il intervient, plus il «retaxe».

L’intervention engendre la taxation, et la

taxation engendre l’intervention.

— Oh ! diront certains, c’est à cause de

l’inégalité des fortunes. Le gouvernement paie

pour tous, mais il taxe les gros plus que les pe-

tits: donc les petits y gagnent.

— C’est là oublier que si les gros sont plus

taxés, ce sont eux qui font les prix. Et les pe-

tits paient, sous forme de prix, ce que les gros

paient sous forme de taxes.

Quelle que soit la complexité du jeu, le ré-

sultat est indéniable: le gouvernement se mêle

de plus en plus de choses qui ne sont pas, ou

ne devraient pas normalement être de son res-

sort; et le gouvernement coûte de plus en plus

cher. Les résultats ne sont guère reluisants.

Pour ne parler que des écoles, dans la pro-

vince de Québec, jamais on n’y a vu autant de

chaos comme depuis que Gérin-Lajoie veut

prendre tout en main: hausse de taxes, contri-

buables révoltés, enfants éloignés de leurs famil­

les, parents mécontents, grèves d’instituteurs,

dégradation de l’autorité dans l’esprit des éco-

liers témoins de pareils gestes, enfants tués

sous les roues d’autobus scolaires, etc. etc.

D’ailleurs, gouvernements comme individus

souffrent de la même situation. Les administra-

tions locales aussi: municipalités, commissions

scolaires, et dans bien des cas de fabriques

paroissiales. Toutes aux prises avec le cauche-

mar financier.

Incapacité de payer

Cette incapacité générale de payer est un

fait. D’autre part, personne ne se plaint de l’in-

capacité

physique

de produire. Dès que l’argent

est là, les écoles poussent, les routes s’élargis-

sent et s’allongent, les services publics sont

efficaces, alors que les magasins continuent

d’être bien garnis.

Quand tout grince, c’est donc dû unique-

ment à une insuffisance de moyens de paie-

ment, et nullement à une insuffisance de main-

d’œuvre ou de technique pour produire mar-

chandises et services.

Taxer, c’est rationner: c’est diviser entre

les citoyens et le gouvernement, l’argent déjà

insuffisant devant la production faite, encore

plus insuffisant devant la capacité de produc-

tion disponible.

Si les moyens de payer étaient, comme ils

devraient l’être, au niveau des moyens de pro-

duire, il n’y aurait aucune raison de rationner.

On ne rationne pas l’abondance, on la distri­

bue. Or, l’abondance existe indéniablement.

L’abondance crève les yeux

Ouvrez n’importe quel journal à nouvelles,

La Presse

par exemple. Quelle est la nouvelle

qui y prend plus de place? Même une nouvelle

sensationnelle, telle que l’assassinat d’un prési-

dent, qui, Dieu merci, n’arrive pas tous les jours,

couvre une page, peut-être deux, trois tout au

plus. Mais la production à vendre couvre des

30 et 40 pages entières, et l’équivalent d’autres

pages entières en additionnant les demi-pages,

quarts de pages et autres. Et cela

tous les jours

.

En fait de pages entières, j’en relève au moins

58 dans

La Presse

d’aujourd’hui (4 mars), sans

compter d’autres grosses parties de pages.

L’abondance offerte, c’est la nouvelle

quotidienne la plus annoncée.

Et les listes des chômeurs dont le gouverne-

ment n’aime pas entendre parler, parce que ça

lui donne la migraine, les listes des chômeurs,

qu’est-ce que c’est, sinon une autre forme

d’abondance? D’abondance non réalisée parce

que le mécanisme financier n’est pas du tout

en accord avec le mécanisme producteur.

Pourquoi le gouvernement supporte-t-il ce

désaccord?

Toute la marge entre la capacité de payer

et la capacité de produire constitue une mine

où le gouvernement devrait s’approvisionner,

en créant les moyens de paiement nécessaires

pour établir la parité. Il pourrait, contrôlé par le

vote des crédits à cette fin, s’en servir pour le

financement qui lui fait défaut.

De toute façon, une fois la capacité de payer

mise au niveau de la capacité de produire, il

serait facile de pourvoir à la fois aux besoins

privés normaux et aux besoins publics justifiés

de la population: individus, familles et corps

publics à tous les niveaux.

Il n’y aurait plus alors aucune raison pour les

gouvernements de se mêler de choses que les

individus, les familles, les corps publics locaux

seraient capables de régler eux-mêmes.

Non-sens insoutenables

Y a-t-il un homme politique de la province de

Québec, par exemple, qui trouve logique l’em-

pêchement de produire des choses facilement

réalisables et dont la population a besoin?

Y en a-t-il un qui trouve intelligent d’atten-

dre de l’argent de New-York ou d’ailleurs, pour

pouvoir employer des matériaux et de la main-

d’oeuvre de chez nous à de la production ré-

pondant aux besoins de chez nous ?

Y en a-t-il un qui approuverait la décision

de se laisser mourir, en face de nos champs,

de nos forêts, de nos richesses naturelles, avec

une population compétente et laborieuse, si

la province de Québec était seule au monde,

donc sans pouvoir obtenir d’argent d’une sour-

ce étrangère à elle-même?

Si la province de Québec a besoin de 200

millions de dollars pour des travaux publics,

quel homme politique du Québec peut préten-

dre que 200 millions de dollars mis en

circu-

lation par un organisme provincial seraient plus

inflationnistes que 200 millions mis en circula-

tion par une officine à profit — les deux devant

Taxomanie. Vol. Paralysie

par

Louis Even

(suite en page 21)

Louis Even