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Janvier-Février 2010

Journal Vers Demain, 1101 Principale St., Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Le Christ-Roi règne sur les nations par son Église

il est le chef, est également suprême et indé-

pendant.

Bien plus, si saint Pierre ne jouissait pas

d’une indépendance entière dans le gouver-

nement de l’Église, les paroles de Notre-Sei-

gneur seraient fausses: il ne serait pas vrai

que tout ce qu’il lie sur la terre serait lié dans

le ciel et que tout ce qu’il délie sur la terre se-

rait délié dans le ciel. Le jugement suprême

dans le gouvernement de l’Église n’appartien-

drait plus à l’Église, à la Hiérarchie, mais à la

puissance civile, et il faudrait dire que Dieu

confirmerait plutôt au ciel le décret civil que

celui de Pierre lui-même.

D’ailleurs, la promesse faite par Jésus-

Christ de conférer à saint Pierre le pouvoir

souverain a été mise à exécution (St Jean XXI,

15, 16). Or, si Pierre était sous la dépendance

du pouvoir civil, le pasteur suprême de l’Église

ne serait point Pierre, mais le prince, ou plu-

tôt tout prince dans son Etat; ce qui détruirait

en outre l’unité de l’Église, puisqu’il y aurait

autant d’Églises indépendantes entre elles qu’il

y aurait d’États politiques, de souverains indé-

pendants entre eux.

Les Actes des Apôtres nous offrent un exem-

ple bien remarquable de cette indépendance

de la puissance spirituelle. Les magistrats juifs

interdisent aux apôtres de prêcher la doctrine

de Jésus; la défense étant injuste, ceux-ci n’en

continuent pas moins à enseigner le peuple;

traduits devant le conseil et interrogés, Pierre

et les Apôtres répondent simplement: «Il faut

obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.»… (Act.

V, 18-34.)

Indépendance du pouvoir civil

Le Christ n’a pas supprimé César. S’il a in-

vesti l’Église d’une mission supérieure et spi-

rituelle, il a laissé à la société civile la mission

temporelle qu’elle tient de la nature. L’État de-

meure donc libre de prendre telles mesures

qu’il lui plaît en fait de douanes, de budgets,

d’armée, de travaux publics, etc. Aussi long-

temps qu’il ne blesse pas les lois de Dieu et les

droits de l’Église, et que les intérêts spirituels et

la fin suprême de l’homme ne sont pas en jeu,

l’Église n’a rien à voir à ces détails purement

humains, qui concernent uniquement le bon-

heur temporel des peuples. En d’autres termes,

l’Église n’a et ne revendique, en vertu de son

institution, aucun pouvoir sur la société civile

dans les choses purement terrestres, qui ne se

rattachent qu’à une fin, à un intérêt exclusive-

ment temporel.

[NDLR.:

Dans son livre, le Père Devivier

énumère «quelques-uns des droits que l’Église

revendique à juste titre «pour atteindre sa fin».

Il démontre aussi les grands services que l’Égli-

se apporte à l’État par ses œuvres caritatives et

également «par ses prières, ses sacrements et

son culte public, qui donnent aux sujets la force

d’accomplir leurs obligations civiles».

]

Législation en harmonie avec l’Église

Le pouvoir temporel doit aide et assistance

à l’Église. 1. Indirectement, en faisant régner la

justice, l’ordre et la tranquillité dans l’État, de

manière à permettre à l’Église d’exercer son

action salutaire. En se gardant d’attenter aux

droits de l’Église et en ne permettant pas qu’elle

soit gênée dans l’accomplissement de sa mis-

sion divine… 2. Directement, son devoir est,

par exemple, pour éviter aux consciences des

angoisses, mettre sa législation en harmonie

avec les lois divines et ecclésiastiques…

Donnons quelques preuves à l’appui de ce

devoir direct, que l’on conteste plus ordinaire-

ment.

1

er

argument:

tiré des desseins mêmes de

Dieu

. En créant l’homme, Dieu a eu en vue, avec

sa propre gloire, le salut éternel de sa créature,

élevée à la dignité de son enfant. C’est pour lui

procurer cette félicité, qu’il a envoyé son Fils

sur la terre, qu’il a établi son Eglise, qu’il en

veut l’extension et la liberté. Si donc il délègue

une part de son autorité aux chefs des Etats, ce

n’est pas uniquement pour que ceux-ci assurent

à leurs sujets la paix et la prospérité d’ici-bas,

c’est aussi pour que ces sujets soient en me-

sure d’atteindre le but suprême de leur existen-

ce terrestre. — Tout homme d’ailleurs ne doit

désirer et rechercher les biens de ce monde,

qu’autant qu’ils servent à lui obtenir la félicité

éternelle. Il en résulte que les dépositaires du

pouvoir civil ne peuvent exiger l’obéissance, au

nom de Dieu,

qu’en vue de cette même fin

; ils

doivent donc travailler, autant que les circons-

tances le permettent et dans les limites de leur

sphère, au maintien et au progrès de la religion

véritable, qui seul conduit les âmes au salut.

La religion, un appui pour l’État

2

e

Argument,

tiré du bien et de l’État lui-

même

. La prospérité de l’État, et la réalisation

de sa fin propre et immédiate, c’est-à-dire le

bonheur temporel de ses membres, exige qu’il

contribue, dans la mesure de ses forces, à la

prospérité de l’Église. En effet, sans religion,

point de société stable et prospère: c’est la re-

ligion qui en est la base, parce qu’elle explique

l’origine de la société et de la légitimité du pou-

voir spécial, qu’elle fournit un fondement solide

à l’obéissance, et fait régner la justice, la charité

et la concorde entre les citoyens. Évidemment il

s’agit de la religion véritable, c’est-à-dire celle

qui contient toutes les vérités, sans mélange

d’erreur, qui rend à Dieu le culte requis, et don-

ne aux hommes des forces surnaturelles pour

accomplir leurs devoirs. Une telle religion est,

par là même, le plus ferme appui de l’État, et

contribue puissamment à lui faire atteindre sa

fin propre.

L’État doit favoriser la religion

3

e

argument,

tiré des déclarations formel-

les et explicites de l’Église

. Il suffit de parcou-

rir les Encycliques de Grégoire XVI (1832) et

de Pie IX n(1846), ainsi que les propositions

55, 77 et 78 du Syllabus. Léon XIII dit à ce su-

jet: «Les sociétés politiques ne peuvent sans

crime se conduire comme si Dieu n’existait en

aucune manière, ou se passer de la religion

comme étrangère et inutile, ou en admettre

une indifféremment, selon leur bon plaisir. En

honorant la divinité, elles doivent suivre stric-

tement les règles et le mode suivant lesquels

Dieu a déclaré vouloir être honoré. Les chefs

d’État doivent donc tenir pour saint le nom

de Dieu, et mettre au nombre de leurs princi-

paux devoirs celui de favoriser la religion, de

la protéger de leur bienveillance, de la couvrir

de l’autorité tutélaire des lois, et de ne rien

statuer ou décider qui soit contraire à son in-

tégrité.»

— «La société civile doit, en favorisant la

prospérité publique, pourvoir au bien des ci-

toyens, de façon non seulement à ne mettre

aucun obstacle, mais à assurer toutes les fa-

cilités possibles à la poursuite et à l’acqui-

sition de ce bien suprême et immuable auquel

ils aspirent eux-mêmes.» (Encycl.

Immortale

Dei

) «La puissance publique a été établie pour

l’utilité de ceux qui sont gouvernés. Et quoi-

qu’elle n’ait pour fin prochaine que de condui-

re les citoyens à la prospérité de cette vie ter-

restre, c’est pourtant un devoir pour elle de ne

point diminuer, mais d’accroître, au contraire,

pour l’homme la faculté d’atteindre à ce bien

suprême et souverain, dans lequel consiste

l’éternelle félicité des hommes: ce qui devient

impossible sans religion.» (Encyclique

Liber-

tas praestantissimum

.)

À l’attention de nos législateurs !

Aux hommes d’État qui enlèvent la prière et

les crucifix dans les écoles, dans les Hôtels de

Ville, qui veulent enlever le crucifix dans tous

les endroits publics, aux policitiens qui légifè-

rent contre les lois de Dieu en imposant des

lois en faveur du divorce, de l’euthanasie, de

l’homosexualité, de la profanation du diman-

che, de la déformation du vrai sens du mariage,

du laïcisme scolaire, etc., nous aimons attirer

leur attention sur cet extrait de l’Encyclique

«Sapientiae Christianae» de Léon XIII

:

«Si la nature elle-même a institué la société

tant domestique que civile, ce n’a pas été pour

qu’elle fût la fin dernière de l’homme, mais pour

qu’il trouvât, en elle et par elle, des secours qui

le rendissent capable d’atteindre sa perfec-

tion… Dès lors, ceux qui rédigent des consti-

tutions et font des lois doivent tenir compte

de la nature morale et religieuse de l’homme

et l’aider à se perfectionner, mais avec ordre et

droiture, n’ordonnant ni ne prohibant rien sans

avoir égard à la fin propre de chacune des so-

ciétés civile et religieuse.

«L’Église ne saurait donc être indifférente à

ce que telles ou telles lois régissent les États,

non pas en tant que ces lois appartiennent à

l’ordre civil et politique, mais en tant qu’elles

sortiraient de la sphère de cet ordre et en em-

piéteraient sur ses droits. Ce n’est pas tout.

L’Église a encore reçu de Dieu le mandat de

s’opposer aux institutions qui nuiraient à la

religion, et de faire de continuels efforts pour

pénétrer de l’Évangile les lois et les institutions

des peuples».

L’État n’a pas le droit d’empiéter sur les droits de l’Église

(suite de la page 10)