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Août-Septembre 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

(suite en page 7)

Le droit aux produits doit être attaché à la

personne et non à l’emploi uniquement. On ne

se nourrit pas avec de l’emploi, mais avec des

produits alimentaires. On ne s’habille pas avec

de l’emploi, mais avec des vêtements. Le droit

aux produits doit donc être réglé d’après la pré-

sence des produits offerts aux besoins, et non

pas d’après la présence de l’homme dans une

entreprise de production.

Perversion

Si vous étiez sur un champ de bataille mo-

derne, vous ne seriez pas trop surpris de voir

des chars d’assaut faucher des vies humaines.

Ce ne serait certainement pas une vue réjouis-

sante, mais au moins vous admettriez que les

engins y sont employés à l’usage pour lequel

ils furent destinés. Le char d’assaut a été conçu

pour cracher des obus, non pas pour conduire

les gens à la messe.

Mais, si dans une rue de votre ville, ou de

votre village, vous voyiez les automobilistes se

précipiter sur les piétons, les poursuivre jusque

sur les trottoirs pour les écraser, vous trouve-

riez ce spectacle autrement plus révoltant que

celui du champ de bataille.

Détourner une chose utile de sa fin, pour en

faire un instrument nuisible, c’est une perver-

sion. Et plus la chose était parfaite, plus la per-

version est criminelle.

C’est bien là le cas de notre système finan-

cier, de notre système d’argent.

Le système d’argent fut conçu pour servir,

pour faciliter la vie économique en société. Ce

fut certainement une des plus belles inventions

de l’homme. Mais cet instrument de service est

devenu un instrument de punition. Social par

essence, il a été perverti, transformé en un outil

extrêmement antisocial.

Argent-dieu

Cette perversion a vicié toute la vie écono-

mique. L’argent est aujourd’hui imposé à l’hom-

me comme un dieu, dans un sens bien plus

profond et bien plus étendu qu’on ne l’entend

généralement dénoncer par les prédicateurs les

plus éloquents.

Pas seulement le dieu qu’adore l’avaricieux,

en contemplant son or ou son compte de ban-

que. Mais un dieu exigeant et tyrannique que

doivent servir toutes nos activités économi-

ques. L’argent est devenu la condition et la fin

de toute entreprise qui devrait être orientée au

service des besoins humains.

On cultive un champ si ça doit rapporter de

l’argent. Si le champ ne produit que du blé, on

le laisse en friche.

On fabrique des chaussures si ça paye. S’il

n’y a pas d’argent au bout, quand même il y

aurait encore des pieds nus, on arrête. Et tant

qu’il y a de l’argent au bout, même si tous les

pieds sont chaussés, on fabrique.

Les mêmes bras, les mêmes cerveaux, les

mêmes entrepreneurs, passeront d’une pro-

duction à une autre, d’un commerce à un autre,

si le premier cesse de payer et si le second

rapporte de l’argent. Des tracteurs aujourd’hui,

des canons demain; de la nourriture fortifiante

aujourd’hui, de l’alcool empoisonneur demain.

L’ouvrier est, comme son patron, soumis

au service de ce même dieu. Il court où il y a

un salaire: construction de maison ou usine de

guerre. C’est son pain qu’il veut, assurément.

Mais son pain, le pain de sa ‘femme et de ses

enfants, il doit aller le chercher là où il y a de

l’argent au bout de sa semaine, quel que soit le

genre de travail qu’on lui commande: travail de

vie ou travail de mort. Peut-il même s’en inquié-

ter quand il ne sait pas, la plupart du temps, à

quoi servira le produit de son travail ?

Le bûcheron dans la forêt, le chimiste ou le

manoeuvre dans le moulin à papier, sont là pour

l’argent de leur salaire — que le papier produit

doive servir à des mandements de carême ou à

des publications pornographiques. La respon-

sabilité du travailleur est limitée à l’enveloppe

de paye.

Ce n’est pas l’ouvrier que nous blâmons. Ce

n’est que l’esclave, condamné à servir la pro-

duction qui rapporte de l’argent, sous peine de

crever de faim avec sa famille.

Ce dieu-là ne réclame pas seulement la place

suprême dans les décisions économiques. Com-

me le Moloch des Ammonites ou le Minotaure

des Grecs, il lui faut des victimes humaines. Ses

victimes ne se comptent plus. Son comporte-

ment peut freiner toute activité de production,

paralyser la distribution des produits, jeter des

millions d’êtres humains dans la faim et les pri-

vations de toutes sortes en face d’une abondan-

ce de produits. C’est même quand les produits

sont accumulés devant des besoins pressants,

que ce dieu tyrannique semble prendre le plus

de malin plaisir à mettre les familles en péniten-

ce. Les centaines de mille chômeurs du Canada

en savent quelque chose.

Le pouvoir de l’argent peut entraver les

meilleures entreprises, même celles des apô-

tres de l’Évangile. Les mains tendues de nos

missionnaires, et même de directeurs d’oeuvres

de chez nous, n’en sont-elles pas la preuve quo-

tidienne ?

Un dieu de puissance redoutable. Et aussi

un dieu de discorde, de divisions, de conflits.

Qu’est-ce qui dresse les uns contre les autres

patrons et employés, marchands et acheteurs,

propriétaires et locataires ? Qu’est-ce qui crée

des chicanes entre époux? Qu’est-ce qui dis-

perse les membres des familles parce que le

foyer n’est qu’un taudis ou qu’une couple de

chambres ? Qu’est-ce qui fait le sujet des qua-

tre cinquièmes des procès dans nos cours de

justice?

Eh bien, c’est ce dieu tyrannique, cette domi-

nation de l’argent sur nos vies, tant dans l’ordre

privé que dans l’ordre public, que les créditistes

veulent renverser.

Non pas supprimer le système d’argent, mais

le ramener à son rôle, à sa fonction propre, qui

est de servir, et non pas d’opprimer.

Comme toutes les idoles, ce dieu, dont nous

venons de signaler la puissance, n’est qu’une

création artificielle, faite de main d’homme. Son

caractère artificiel a été démontré à la face de

l’univers, dans tous les pays civilisés, par le mi-

racle de septembre 1939.

De l’argent pour tuer

— Quel miracle? — Le miracle de l’argent

sortant du néant, par millions, par centaines

de millions, après dix années où l’on manquait

d’argent partout. — Et sous quelle baguette

magique? — Sous le coup de la déclaration de

guerre.

Puis, pas une seule fois pendant les six an-

nées de guerre, dans aucun pays en guerre, on

n’a entendu une seule fois un gouvernement

dire: “On va être obligé d’arrêter la guerre faute

d’argent.” Non pas. Seuls comptaient les hom-

mes et le matériel.

Les chômeurs, que la veille encore on en-

voyait crever dans leur misère, on allait main-

tenant les chercher pour en faire des soldats ou

des producteurs de munitions. Et les millions,

les milliards pour payer, venaient aussi vite que

le flot de tueurs et que la capacité de produire

pour la tuerie.

Venir, après cela, nous parler de problème

d’argent quand il n’y a pas de problème de pro-

duits, est une farce que seuls des gogos peu-

vent gober.

Si l’argent a pu venir aussi vite pour le gou-

vernement, consommateur de guerre, l’argent

peut également venir aussi vite pour les indivi-

dus, consommateurs de paix. Il n’y a là aucune

difficulté technique. C’est affaire de décision.

Les créditistes se lèvent, et appellent tous les

patriotes à se lever avec eux, contre la tyrannie

de l’argent. Nous refusons la crise, qui fabrique

des pauvres en série, et nous refusons la guer-

re, qui fabrique des cadavres en série.

L’argent doit être gouverné par la capacité de

production, et non pas la capacité de produc-

tion être limitée par l’argent.

Il est absurde de voir des villes, ou des pro-

vinces, obligées de renoncer à des développe-

ments nécessaires et possibles, sous le seul

prétexte de manque de moyens de paiement.

Absurde que des corps publics, des conseils

municipaux, de Montréal, Québec, Sherbrooke,

Rouyn, Thetford, et autres, doivent endetter

leur population auprès de financiers produc-

teurs de rien, pour avoir la permission de met-

tre en oeuvre des bras et des matériaux qui at-

tendent.

Pour distribuer à tous

Puis le système financier doit exister pour

distribuer les produits. Cela consiste à mettre

des prix sur les produits, puis à distribuer du

pouvoir d’achat aux individus, qui choisissent

parmi les produits ceux qui conviennent à leurs

besoins. Prix et pouvoir d’achat doivent s’équi-

valoir, sinon la distribution grince, quand ce

n’est pas pire.

Et comme tout le monde a des besoins, tout

le monde doit avoir du pouvoir d’achat. Les be-

soins sont attachés à la personne, du berceau

à la tombe; le droit aux produits doit donc être

aussi attaché à la personne, du berceau à la

tombe. Sinon, les produits ne sont plus au ser-

vice des besoins.

Le Crédit Social y pourvoit par un dividende

périodique à tous, du berceau à la tombe.

Le mode actuel de distribution ne peut ga-

rantir une part des biens de la terre à tout le

monde, parce qu’il attache le droit aux produits

exclusivement à l’emploi. Tout le monde n’est

pas employé. Le progrès tend même à diminuer

Argent perverti. Argent-dieu. Argent-tyran

Le système financier doit exister pour distribuer les produits

par

Louis Even