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Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Août-Septembre 2010

RENCONTRE INTERNA-

TIONALE DES PRÊTRES

CONCLUSION DE L’AN-

NÉE DU SACERDOCE

HOMÉLIE DU CARDINAL TARCISIO BERTONE,

SECRÉTAIRE D’ÉTAT DU SAINT-PÈRE

Saint-Paul-hors-les-Murs, Jeudi 10 juin 2010

Messieurs les cardinaux,

Chers confrères évêques,

Très chers prêtres !

Nous voici réunis [...] en ce second jour de la

rencontre internationale des prêtres, qui célèbre

la clôture de l’Année spéciale voulue par le Pape

Benoît XVI, à l’occasion du 150e anniversaire du

dies natalis de saint Jean-Marie Vianney.

Comme la méditation du cardinal Ouellet, ar-

chevêque de Québec, a si bien su nous le mon-

trer - et nous l’en remercions beaucoup - cette

seconde journée a été pensée pour nous plonger

dans le climat spirituel du Cénacle. La première

lecture nous a justement présenté l’icône bibli-

que de l’Eglise naissante: après l’Ascension, les

Apôtres se tiennent autour de la Bienheureuse

Vierge Marie, dans l’attente du don de l’Esprit

Saint qui leur donnera la force nécessaire pour

la mission. C’est dans ce climat que nous nous

réunirons ce soir, avec le Saint-Père, Successeur

de Pierre, pour la grande Veillée.

Nous savons bien, très chers frères, combien

est fondamentale et prioritaire la dimension

orante de notre ministère et même de notre

être. Nous sommes constitués dans le sacerdo-

ce ministériel, avant tout pour élever vers Dieu

nos supplications en faveur de tout le peuple

qui nous est confié; cette dimension ne consti-

tue pas seulement un devoir, elle est la “colonne

vertébrale”, l’âme et la respiration de notre exis-

tence.

Pour les Apôtres, le Cénacle représentait le lieu

des dernières heures partagées avec le Seigneur

Jésus, avant sa Passion; comme ils le compren-

dront plus tard dans l’Esprit Saint, c’est le lieu

dans lequel ont été institués les sacrements de

l’Eucharistie et de l’ordre; le Cénacle était, pour

eux, le lieu par excellence de l’intimité divine, de

l’intimité avec Jésus, Maître et Seigneur, en qui

“habite corporellement toute la plénitude de la

Divinité” (Col 2, 9). En ce lieu, si cher aux Apôtres

et à la mémoire chrétienne à travers les siècles,

le Christ a prononcé son “testament” spirituel, il

a accompli le geste ministériel du Lavement des

pieds et il a ordonné aux Apôtres ce que, cha-

que jour, nous accomplissons dans l’obéissance:

“Faites ceci en mémoire de moi” (Lc 22, 19).

C’est dans ce même Cénacle, chargé non

seulement de souvenirs historiques, mais aussi

d’une grande charge spirituelle et d’un héritage

ministériel, que les Apôtres se réunissent après

l’Ascension, après avoir contemplé le Ressuscité,

lui qui les avait progressivement introduits dans

la certitude de la victoire définitive sur le péché,

sur le mal et sur la mort.

Les paroles que les deux anges ont adressées

aux disciples dès que Jésus les a laissés en s’éle-

vant au Ciel (cf. Ac 1, 11), sont l’indication expli-

cite de la reconnaissance du nouveau mode de

présence du Christ dans le monde: le Ressuscité,

retourné en gloire dans le sein du Père, continue

de vivre dans l’Esprit Saint au milieu des Apô-

tres et de la communauté des croyants. C’est le

premier noyau de l’Eglise, rassemblée dans une

prière unanime et en syntonie avec son modèle

parfait, la Bienheureuse Vierge Marie (cf. Ac 1,

12-14). Cette nouvelle forme de présence dans

l’Eglise, qui manifeste la victoire du Christ et

constitue un reflet de sa gloire, reçoit son sceau

du Saint Esprit qui en définit l’identité et la mis-

sion.

Au jour de notre ordination, chers frères prê-

tres, nous avons fait la même expérience. Après

notre temps de formation vécu dans la foi et dans

l’amitié personnelle avec Jésus Christ, par l’invo-

cation de l’Esprit Saint et l’imposition des mains

de l’évêque, notre identité a été redéfinie, notre

marche en ce monde a été tracée, notre présence

dans l’Eglise et dans la société a été comme re-

pensée; en un mot, l’Esprit sanctificateur nous a

configurés au Seigneur Jésus, en faisant de cha-

cun de nous un alter Christus, comme l’affirme

souvent la Tradition ecclésiale.

Approfondir la prise de conscience de ce pro-

cessus, en méditant et en revivant l’expérience

originelle des Apôtres qui rencontrèrent le Res-

suscité et invoquèrent avec Marie l’Esprit Saint,

cela signifie pour nous: renouveler chaque jour

notre “oui” à un ministère qui ne vient pas de

nous mais de Dieu, et qui se comprend à la lu-

mière d’une vocation surnaturelle. Cet appel se

manifeste également dans l’exigence du célibat

pour le Royaume des cieux, comme condition de

la consécration entière et définitive que compor-

te l’ordination sacerdotale. Le célibat sacerdotal

“est à la fois signe et stimulant de la charité pas-

torale et source spéciale de fécondité spirituelle

dans le monde” (Conc. oecum. Vat. II, Décr. Pres-

byterorum Ordinis, n. 16). Dans la tradition des

Eglises orientales, il est également bien présent

et tenu en grand honneur, même si ces Eglises

reconnaissent aussi la possibilité d’un ministère

pour des hommes mariés. A l’exemple de saint

Jean-Marie Vianney qui nous a accompagnés

tout au long de cette Année sacerdotale, la pro-

gressive identification avec notre ministère naît

de l’expérience du Cénacle et, mystérieusement

mais efficacement, ramène toujours au Cénacle

comme au lieu, pour ainsi dire, synthétique, à

la fois de l’œuvre historique de Dieu parmi les

hommes et de l’existence de chacun de nous,

qui est devenu co-acteur de cette œuvre dans

l’aujourd’hui de l’Eglise.

La présence de Marie, même avant l’effusion

de l’Esprit Saint à la Pentecôte, montre combien

son rôle est essentiel dans l’Eglise, aussi bien dans

l’Eglise naissante que dans celle de chaque épo-

que. La Mère de Jésus, en effet, renvoie immédia-

tement à son Divin Fils et aux paroles recueillies

par saint Jean au pied de la Croix: “Femme, voici

ton fils”, “Fils, voici ta mère!” (cf. Jn 19, 26-27).

Dans cette double attribution est contenue une

remise spéciale des disciples à la maternité spi-

rituelle de Marie; une remise qui n’a son équi-

valent que dans la mission donnée à Pierre de

confirmer ses frères (cf. Lc 22, 32).

Marie et Pierre ont donc reçu de Jésus lui-

même une mission spécifique, celle de garder et

de guider la communauté et, d’une manière spé-

ciale, ses ministres que sont les Apôtres et leurs

successeurs, ainsi que les prêtres. On pourrait

parler d’une maternité de Marie et d’une pater-

nité de Pierre à l’égard de l’Eglise et notamment

des ministres ordonnés. De fait, ils sont tous

les deux, chacun à leur manière, gardiens de la

communion ecclésiale. En ce sens, chaque prê-

tre, appelé à être homme de communion - dans

l’acception la plus profonde, la plus théologique

et la plus hiérarchique du terme communio -,

chaque prêtre trouve dans la Vierge Sainte d’une

part, et dans l’Apôtre Pierre et ses successeurs

d’autre part, les deux principaux points de réfé-

rence pour son action et même, plus en amont,

pour son identité ministérielle.

L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui nous

invite à nous arrêter davantage sur le rôle de la

Vierge Marie. Jésus répond de façon apparem-

ment dure à celui qui l’avertit de la présence de

sa Mère et de ses parents qui le cherchent. En

réalité, Il veut, également en cette occasion, an-

noncer une Bonne Nouvelle, une nouvelle rela-

tion avec Dieu, inattendue et inimaginable. Jésus

dit: “Celui qui fait la volonté de Dieu, voilà mon

frère, ma sœur et ma mère” (Mc 3, 35). Dans

cette réponse, nous ne devons certainement pas

comprendre une prise de distance à l’égard de sa

Mère ou des autres membres de sa famille et de

la société, mais l’indication claire d’une nouvelle

forme de parenté, l’accomplissement de ce que

l’Apôtre des nations, dans son discours à l’Aréo-

page, définira comme notre appartenance à la

“race de Dieu” (Ac 17, 29). Nous avons, chers

frères, la grande possibilité de devenir “parents

du Seigneur”, ses intimes. Selon ce qui est clai-

rement indiqué par les paroles du Seigneur, cet-

te communion nouvelle et impensable naît de

l’obéissance à sa parole, obéissance qui implique

nécessairement une écoute attentive. Par contre,

la désobéissance à la volonté divine et le mystère

de l’iniquité et du péché génèrent, nous le savons

bien, une extériorité d’autant plus douloureuse

et irraisonnable, qu’est pressante l’invitation du

Seigneur à la communion avec lui.

Etre “frères” du Seigneur signifie partager la

même vie, rompre chaque jour avec lui le Pain

eucharistique, prendre conscience de sa présen-

ce constante qui est capable de consolation iné-

puisable, de soutien assuré, d’encouragement

missionnaire toujours nouveau et fidèle. Etre

“mère” du Seigneur signifie continuer à enfan-

ter le Christ pour le monde, de façon sacramen-

telle -surtout par la célébration eucharistique, et

par un continuel enfantement existentiel, celui

du témoignage lumineux de la sainteté person-

nelle, qui, plus que tout autre expérience, est ca-

pable d’indiquer à tous la présence du Seigneur

et d’aider à la reconnaître. Cette nouvelle paren-

té, cette “consanguinité” avec Jésus demande

d’être constamment alimentée dans la prière. Si,

de fait, la prière est l’indispensable respiration

de toute vie chrétienne, elle l’est d’une manière

particulière pour l’existence sacerdotale, comme

elle l’a été aussi pour le Christ même, le grand

Prêtre. Le Pape Benoît XVI le rappelait il y a une

semaine, dans l’homélie de la solennité du Cor-

pus Domini. “Jésus, a-t-il dit, aborde son “heu-

re” qui le conduit à la mort sur la croix, en se

plongeant dans une profonde prière qui consiste

dans l’union de sa propre volonté à celle du Père.

Cette double et unique volonté est une volonté

d’amour. Vécue dans cette prière, la tragique

épreuve que Jésus affronte est transformée en

offrande, en sacrifice vivant”.

Très chers frères, implorons la Bienheureuse

Vierge Marie, Reine des Apôtres et Mère des

prêtres, pour qu’elle nous aide toujours à vivre

cette obéissance docile à la volonté de son Fils,

dans la joyeuse certitude que la configuration

progressive à sa personne est le chemin de notre

sanctification: c’est le chemin quotidien qui nous

conduit de la sainteté reçue dans l’ordination à

la sainteté vécue dans le ministère quotidien.

Amen.

Etre “frères” du Seigneur signifie partager la même vie

rompre chaque jour avec lui le Pain eucharistique

Chasser Dieu

de la vie publique

et des écoles, c’est

chasser la civilisation

et la paix