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Août-Septembre 2010

Journal Vers Demain, 1101 rue Principale, Rougemont, QC, Canada — J0L 1M0

Tél.: Montréal (514) 856-5714; Rougemont: (450) 469-2209; Fax (450) 469-2601;

www.versdemain.org

Qui est au-dessus des gouvernements ?

La puissance des créateurs d’argent

(suite de la page 19)

Thomas Sankara

Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer

la dette, je ne serai pas là à la prochaine confé-

rence.

Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai

besoin, nous pourrons éviter de payer. Et en évi-

tant de payer, nous pourrons (contribuer) à notre

développement.

Et je voudrais terminer en disant que chaque

fois qu’un pays africain a une arme, c’est contre

un Africain. Ce n’est pas contre un Européen. Ce

n’est pas contre un Asiatique. C’est contre un Afri-

cain.

Par conséquent, nous devons également,

dans la lancée de la résolution de la question de

la dette, trouver une solution au problème de l’ar-

mement. Je suis militaire et je porte une arme.

Mais, monsieur le Président, je voudrais que nous

nous désarmions; parce que moi, je porte l’uni-

que arme que je possède, et d’autres ont camou-

flé les armes qu’ils ont !

Alors, chers frères, avec le soutien de tous,

nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pour-

rons également utiliser ces immenses potentia-

lités pour développer l’Afrique, parce que notre

sol, notre sous-sol, sont riches; nous avons suf-

fisamment de bras, et nous avons un marché im-

mense, très vaste — du nord au sud, de l’est à

l’ouest. Nous avons suffisamment de capacités

intellectuelles pour créer, ou tout au moins pren-

dre la technologie et la science partout où nous

pouvons les trouver.

Monsieur le Président, faisons en sorte que

nous mettions au point ce front uni d’Addis-Abe-

ba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit

à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de li-

miter la course aux armements entre pays faibles

et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous

achetons sont inutiles.

Faisons en sorte également que le marché

africain soit le marché des Africains: produire en

Afrique, transformer en Afrique, et consommer

en Afrique. Produisons ce dont nous avons be-

soin, et consommons ce que nous produisons,

au lieu d’importer.

Le Burkina Faso est venu vous exposer ici

la cotonnade (la fabrique du coton): produite au

Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au

Burkina Faso, pour habiller les Burkinabés (les ha-

bitants du Burkina Faso). Ma délégation et moi-

même nous sommes habillés par nos tisserands,

nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne de

l’Europe ou de l’Amérique !

Je ne fais pas un défilé de mode, mais je

voudrais simplement dire que nous devons ac-

cepter de vivre africains, c’est la seule façon de

vivre libres et de vivre dignes. Je vous remercie,

monsieur le Président. La patrie ou la mort, nous

vaincrons !

Thomas Sankara

v v v

Avec un tel discours, le Président Sankara de-

venait pour les Financiers un scandale qui devait

être éliminé. Il fut assassiné le 15 octobre 1987

par un coup d’État mené par Blaise Compaoré

(le président actuel), qui se hâta de retourner

dans le giron du FMI et de rejeter les réformes de

Sankara, ce qui fait que le Burkina Faso compte

aujourd’hui parmi les trois pays les plus pauvres

au monde. Une semaine avant de mourir, Sankara

déclarait: «Les individus peuvent être assassinés,

mais vous ne pouvez pas tuer les idées.»

La solution est donc d’éduquer non seule-

ment une seule personne — le chef d’État ou

président de la nation — mais toute la popula-

tion, sur l’escroquerie du système actuel d’ar-

gent-dette, et d’informer les gens sur la façon

dont un pays peut créer sa propre monnaie sans

dette, et garantir la sécurité économique de tous

ses citoyens. Telle est l’idée que le journal Vers

Demain répand, et comme la vérité, cette idée ne

peut pas être éliminée ou réduite au silence, au

contraire, elle doit se répandre aux quatre coins

de la terre !

«La banque (le système privé des États-

Unis) est complètement en selle et tient la bride;

la banque est fermement installée sur notre dos

et nous sommes contraints d’aller où elle nous

conduit.»

N’oubliez pas que c’était un chef d’état

démocratique qui dictait ces lignes.

Plus tard, Abraham Lincoln, avec toute sa

droiture et sa force d’âme, ne se contenta pas de

constater, il voulut regimber et détrôner les sinistres

usurpateurs et rendre à l’État ses droits. Un assas-

sin soudoyé le réduisit au silence.

Plus tard encore, c’est le président Garfield, lui

aussi fils du peuple, qui déclarait publiquement que

«la main qui contrôle le volume de la monnaie

d’une nation contrôle cette nation.»

Quelle main

arma et commanda l’assassin Guiteau? Les magi-

ciens internationaux de la monnaie permettront tout

excepté une monnaie constitutionnelle et honnête.

(Gertrude Coogan)

Plus près de nous, en 1916, le président Wil-

son déclarait:

«Une grande nation industrielle est contrô-

lée par son système de crédit. Notre système

de crédit est concentré. Le développement

de la nation et de toutes nos activités est par

conséquent entre les mains de quelques hom-

mes. Nous en sommes venus à être l’un des

gouvernements du monde civilisé sous la pire

férule, l’un des plus complètement contrôlés et

dominés. Ce n’est plus le gouvernement d’une

opinion libre, «de la conviction et du vote de

la majorité, mais un gouvernement dirigé par

l’opinion et la force de petits groupes d’hom-

mes dominateurs.»

Wilson fut élu pour un seconde terme; il fut pen-

dant deux ans la vedette du domaine international,

acclamé et proclamé. le plus grand chef de la plus

grande des nations. Une puissance supérieure à

la sienne le dominait dans son propre pays: il ne

changea rien.

Hoover reconnut le même mal.

«Pourquoi

alors, lui demandait-on, ne restituez-vous pas

ses droits au Congrès, puisque vous êtes

chef?»

— «On ne me le permettra pas.»

Au Canada, le soir du 14 octobre 1935, le

Premier Ministre élu Mackenzie King, fort d’une

majorité sans précédent, déclare: «

Le scrutin

d’aujourd’hui prouve que le peuple veut que le

gouvernement dirige et la mise en circulation

de la monnaie et la dispensation du crédit.»

Quelques jours plus tard, on apprenait la no-

mination au poste de ministre des Finances d’un

directeur de la Banque Internationale Barclay, qui

n’était pas député, dont le Premier Ministre élu ne

voulait sans doute pas puisqu’il l’avait déjà eu en

1930 et qu’il n’avait pas insisté pour sa candidature

à l’élection générale dont l’issue ne faisait de doute

pour personne. Qui imposa Dunning à King?

À remarquer qu’il ne fut plus question de dis-

pensations du crédit par le gouvernement. Il n’a

pas manqué de journaux pour écrire que King avait

choisi (?) le meilleur ministre des Finances que le

Canada pût désirer dans les moments critiques que

nous traversons.

Les gouvernements semblent avoir deux man-

dats à remplir, celui du peuple et celui de la finance.

Ils remplissent le premier par des discours anesthé-

siques et le second par des actes silencieux. Les

journaux comblent la trahison de fleurs et achèvent

d’endormir l’opinion.

On constate, ainsi partout la déchéance du

pouvoir souverain, comme l’écrivait le Pape Pie XI:

«L’État, qui devrait gouverner de haut,

comme souverain et suprême arbitre, dans le

seul intérêt du bien commun et de la justice,

est tombé au rang d’esclave et devenu le docile

instrument de toutes les passions et de toutes

les ambitions de l’intérêt.»

(Encyclique Quadra-

gesimo Anno, 15 mai 1931)

Louis Even

Qui est au-dessus des gouvernements ? —

Dieu, direz-vous. Assurément, bien que plusieurs lui

refusent sa place. Mais il est aussi une puissance

humaine à laquelle aucun gouvernement ne sem-

ble pouvoir ou vouloir refuser la préséance — la

puissance des créateurs d’argent. Les conquêtes

les plus célèbres pâlissent à côté de la conquête

silencieuse, durable et inexorable du petit groupe

des chefs de la Banque d’Angleterre et de leurs

satellites, peu nombreux mais solidement établis

dans tous les pays civilisés. Bassesses, turpitudes,

hypocrisie, mensonges, menaces, assassinats,

chantage, intimidation, moquerie, corruption po-

litique — toutes les armes sont bonnes pour ces

bourreaux de l’humanité.

Dès 1694, la Banque d’Angleterre se fait oc-

troyer le droit d’imprimer de la monnaie de papier

et de la prêter à intérêt, déplaçant rapidement les

«tallies» des rois d’Angleterre.

Napoléon lui-même, le génie devant qui l’Eu-

rope entière devait se courber, ne domina jamais

les créateurs d’argent. Au contraire, il les flatta

pour avoir leur appui. La fondation de la Banque de

France (institution privée) en 1800 aida peut-être

autant que ses canons à la conquête de l’Europe.

Si le génie compte, on fait aussi des merveilles

avec l’argent. Pourquoi celui qui avait vaincu la ré-

volution française n’essaya-t-il pas l’émission de la

monnaie par l’État? À qui obéissait-il?

Benjamin Franklin écrit que la cause détermi-

nante de la guerre d’indépendance, qui fit perdre

à la Grande-Bretagne son domaine colonial de la

Nouvelle-Angleterre, fut la mainmise de la Ban-

que d’Angleterre sur la monnaie des colonies. Les

colonies avaient émis leur propre monnaie et s’en

trouvaient bien. Les créateurs d’argent de l’Angle-

terre ne pouvaient souffrir, même au prix de belles

colonies, cette atteinte à leur puissance. «Là où est

l’argent, là est leur patrie.»

Les États-Unis eurent soin d’inscrire dans leur

constitution qu’il appartiendrait au Congrès de

frapper la monnaie et d’en régler la valeur. Mais,

comme en Angleterre et ailleurs, le chameau sut

bien mettre d’abord un pied dans la tente, puis finit

par y entrer tout entier en expulsant le propriétaire.

Toujours à la faveur de l’ignorance du public: un

gouvernement ne résiste pas longtemps à la pres-

sion de la puissance indue quand l’opinion publique

n’est pas là pour appuyer sa résistance. Dès 1787,

John Adams, le successeur de Georges Washing-

ton, écrivait à Thomas Jefferson:

«Toutes les perplexités, la confusion et la

détresse que l’on constate enAmérique provien-

nent, non de notre Constitution ou du Congrès,

non de l’absence d’honneur et de vertu, mais

plutôt de l’ignorance complète de la nature de

l’argent, du crédit et de la circulation.»

Thomas Jefferson, devenu

à son tour président des États-

Unis, écrivait à Georges Logan

en 1816:

«

Si le peuple américain

permet aux banques privées

de contrôler l’émission de la

monnaie, par des inflations

suivies de déflations, les banques et les gros-

ses compagnies qui grandiront dans leur orbite

dépouilleront le peuple de toute propriété jus-

qu’à ce que nos enfants s’éveillent sans gîte et

sans abri sur la terre conquise par leurs pères.

J’espère que nous écraserons dans ce berceau

cette aristocratie des puissances d’argent qui

ose déjà provoquer notre gouvernement et dé-

fier les lois de notre pays.»

Il voyait juste. L’ancêtre des banquiers l’avait

cyniquement déclaré un quart de siècle plus tôt:

«Qu’on m’accorde le contrôle de la monnaie

d’une nation et je me soucie peu de qui fait les

lois de cette nation.»

Mais les créateurs privés

de la monnaie étaient déjà maîtres des lieux et le

même Jefferson écrivait à James Monroe:

Jefferson