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Edition gratuite de VERS DEMAIN

«Et ainsi de suite; d’un compte

à l’autre, tout comme des dol-

lars en papier vont d’une poche à

l’autre.

«Si l’un de nous a besoin d’ar-

gent pour augmenter sa pro-

duction, on lui ouvre le crédit

nécessaire, sans intérêt. Il rem-

bourse le crédit une fois la produc-

tion vendue. Même chose pour les

travaux publics.

«On augmente aussi, périodi-

quement, les comptes de chacun

d’une somme additionnelle, sans

rien ôter à personne, en corres-

pondance au progrès social. C’est

le dividende national L’argent est

ainsi un instrument de service.»

18. Désespoir du banquier

Tous ont compris. La petite

nation est devenue créditiste. Le

lendemain, le banquier Martin

reçoit une lettre signée des cinq:

«Monsieur, vous nous avez

endettés et exploités sans aucune

nécessité. Nous n’avons plus

besoin de vous pour régir notre

système d’argent. Nous aurons

désormais tout l’argent qu’il nous

faut, sans or, sans dette, sans

voleur. Nous établissons immé-

diatement dans l’île des Naufra-

gés le système du Crédit Social. Le

dividende national remplacera la

dette nationale.

«Si vous tenez à votre rem-

boursement, nous pouvons vous

remettre tout l’argent que vous

avez fait pour nous, pas plus. Vous

ne pouvez réclamer ce que vous

n’avez pas fait.

Martin est au désespoir. C’est

son empire qui s’écroule. Les cinq

devenus créditistes, plus de mys-

tère d’argent ou de crédit pour eux.

«Que faire? Leur demander

pardon, devenir comme l’un

d’eux ? Moi, banquier, faire

cela ?... Non. Je vais plutôt essayer

de me passer d’eux et de vivre à

l’écart.»

19. Supercherie mise à jour

Pour se protéger contre toute

réclamation future possible, nos

hommes ont décidé de faire signer

au banquier un document attes-

tant qu’il possède encore tout ce

qu’il avait en venant dans l’île.

D’où l’inventaire général: la

chaloupe, la petite presse et... le

fameux baril d’or.

Il a fallu que Martin indique

l’endroit, et l’on déterre le baril.

Nos hommes le sortent du trou

avec beaucoup moins de respect

cette fois. Le Crédit Social leur a

appris à mépriser le fétiche or.

Le prospecteur, en soulevant le

baril, trouve que pour de l’or, ça ne

pèse pas beaucoup: «Je doute fort

que ce baril soit plein d’or», dit-il.

L’impétueux François n’hésite

pas plus longtemps. Un coup de

hache et le baril étale son contenu:

d’or, pas une once! Des roches —

rien que de vulgaires roches sans

valeur !...

Nos hommes n’en reviennent

pas:

— «Dire qu’il nous a mysti-

fiés à ce point-là, le misérable!

A-t-il fallu être gogos, aussi, pour

tomber en extase devant le seul

mot OR !»

— «Dire que nous lui avons

gagé toutes nos propriétés pour

des bouts de papier basés sur

quatre pelletées de roches! Voleur

doublé de menteur !»

— «Dire que nous nous sommes

boudés et haïs les uns les autres

pendant des mois et des mois

pour une supercherie pareille ! Le

démon!»

A peine François avait-il levé sa

hache que le banquier partait à

toutes jambes vers la forêt.

20. Adieux à l’Île

des Naufragés

Nul n’a plus entendu parler de

Martin depuis l’éventrement de

son baril et de sa duperie.

Mais, à quelque temps de là, un

navire écarté de la route ordinaire,

ayant remarqué des signes d’habi-

tation sur cette île non enregistrée,

a jeté l’ancre au large du rivage.

Nos hommes apprennent que

le navire vogue vers l’Amérique. Ils

décident de prendre avec eux leurs

effets les plus transportables et de

s’en retourner dans leur pays.

Ils tiennent, par-dessus tout, à

emporter le fameux album «Pre-

mière Année de Vers Demain», qui

les a tirés de la griffe du financier

Martin et qui a mis dans leur esprit

une lumière inextinguible.

Tous les cinq se promettent

bien, une fois rendus dans leur

pays, de se mettre en rapport avec

la direction de Vers Demain et la

belle cause du Crédit Social.

Louis Even

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