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Edition gratuite de VERS DEMAIN

www.versdemain.org

avoir... Bien des hommes instruits

seraient sans doute aussi embar-

rassés; tous nos gouvernements

l'ont bien été pendant dix années

avant la guerre. Seul, l'argent man-

quait au pays, et le gouvernement

restait paralysé devant ce pro-

blème.

5. Arrivée d'un réfugié

Un soir que nos hommes, assis

sur le rivage, ressassent ce pro-

blème pour la centième fois, ils

voient soudain approcher une

chaloupe avironnée par un seul

homme.

On s'empresse d'aider le nou-

veau naufragé. On lui offre les

premiers soins et on cause. On

apprend qu'il a lui aussi échappé

à un naufrage, dont il est le seul

survivant. Son nom: Martin.

Heureux d'avoir un compagnon

de plus, nos cinq hommes l'ac-

cueillent avec chaleur et lui font

visiter la colonie.

— «Quoique perdus loin du

reste du monde, lui disent-ils, nous

ne sommes pas trop à plaindre. La

terre rend bien; la forêt aussi. Une

seule chose nous manque: nous

n'avons pas de monnaie pour faci-

liter les échanges de nos produits.»

— «Bénissez le hasard qui

m'amène ici! répond Martin. L'ar-

gent n'a pas de mystère pour moi.

Je suis un banquier, et je puis vous

installer en peu de temps un sys-

tème monétaire qui vous donnera

satisfaction. Un banquier!... Un

banquier!... Un ange venu tout

3. Les véritables richesses

Et voilà nos hommes à l'ou-

vrage. Les maisons et des meubles

sortent du travail du charpen-

tier. Les premiers temps, on s'est

contenté de nourriture primitive.

Mais bientôt les champs produi-

sent et le laboureur a des récoltes.

A mesure que les saisons succè-

dent aux saisons, le patrimoine de

l'île s'enrichit. Il s'enrichit, non pas

d'or ou de papier gravé, mais des

véritables richesses: des choses

qui nourrissent, qui habillent,

qui logent, qui répondent à des

besoins.

La vie n'est pas toujours aussi

douce qu'ils souhaiteraient. Il leur

manque bien des choses auxquel-

les ils étaient habitués dans la civi-

lisation. Mais leur sort pourrait

être beaucoup plus triste.

D'ailleurs, ils ont déjà connu

des temps de crise au Canada. Ils

se rappellent les privations subies,

alors que des magasins étaient

trop pleins à dix pas de leur porte.

Au moins, dans l'Île des Naufragés,

personne ne les condamne à voir

pourrir sous leurs yeux des choses

dont ils ont besoin. Puis les taxes

sont inconnues. Les ventes par le

shérif ne sont pas à craindre.

Si le travail est dur parfois, au

moins on a le droit de jouir des

fruits du travail.

Somme toute, on exploite

l'île en bénissant Dieu, espérant

qu'un jour on pourra retrouver

les parents et les amis, avec deux

grands biens conservés: la vie et la

santé.

4. Un inconvénient majeur

Nos hommes se réunissent sou-

vent pour causer de leurs affaires.

Dans le système économique

très simplifié qu'ils pratiquent, une

chose les taquine de plus en plus: ils

n'ont aucune espèce de monnaie.

Le troc, l'échange direct de pro-

duits contre produits, a ses incon-

vénients. Les produits à échanger

ne sont pas toujours en face l'un

de l'autre en même temps. Ainsi,

du bois livré au cultivateur en hiver

ne pourra être remboursé en légu-

mes que dans six mois.

Parfois aussi, c'est un gros article

livré d'un coup par un des hommes,

et il voudrait en retour différentes

petites choses produites par plu-

sieurs des autres hommes, à des

époques différentes.

Tout cela complique les affai-

res. S'il y avait de l'argent dans la

circulation, chacun vendrait ses

produits aux autres pour de l'ar-

gent. Avec l'argent reçu, il achète-

rait des autres les choses qu'il veut,

quand il les veut et qu'elles sont là.

Tous s'entendent pour recon-

naître la commodité que serait

un système d'argent. Mais aucun

d'eux ne sait comment en éta-

blir un. Ils ont appris à produire

la vraie richesse, les choses. Mais

ils ne savent pas faire les signes,

l'argent.

Ils ignorent comment l'argent

commence, et comment le faire

commencer quand il n'y en a pas

et qu'on décide ensemble d'en

u