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Edition gratuite de VERS DEMAIN

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Un figuier fertile, le système bancaire privé, créa-

teur et maître de la monnaie, avait donc poussé sur

les voûtes de l’orfèvre. Les prêts de celui-ci, sans

déplacement d’or, étaient devenus les créations de

crédit du banquier. Les reçus primitifs avaient changé

de forme, prenant celles de simples promesses de

payer sur demande. Les crédits payés par le banquier

s’appelèrent dépôts, ce qui fit croire au public que le

banquier ne prêtait que les sommes venues de dé-

posants. Ces crédits entraient dans la circulation au

moyen de chèques négociables. Ils y déplacèrent en

volume et en importance la monnaie légale du souve-

rain qui n’eut plus qu’un rôle secondaire. Le banquier

créait dix fois plus de circulation fiduciaire que l’Etat.

L’orfèvre devenu banquier

L’orfèvre mué en banquier fit une autre décou-

verte: il s’aperçut qu’une abondante mise de reçus

(crédits) en circulation accélérait le commerce, l’in-

dustrie, la construction; tandis que la restriction,

la compression des crédits, qu’il pratiqua d’abord

dans les cas où il craignait une course à l’or vers

son établissement, paralysait l’essor commercial. Il

semblait, dans ce dernier cas, y avoir surproduction

alors que les privations étaient grandes; c’est parce

que les produits ne se vendaient pas, faute de pou-

voir d’achat. Les prix baissaient, les banqueroutes se

multipliaient, les emprunteurs du banquier faisaient

défaut à leurs obligations et le prêteur saisissait les

propriétés gagées.

Le banquier, très perspicace et très habile au gain,

vit ses chances, des chances magnifiques. Il pouvait

monétiser la richesse des autres à son profit: le faire

libéralement, causant une hausse des prix, ou «parci-

monieusement», causant une baisse des prix. Il pou-

vait donc manipuler la richesse des autres à son gré,

exploitant l’acheteur en temps d’inflation et exploitant

le vendeur en temps de dépression.

Le banquier maître universel

Le banquier devenait ainsi le maître universel, il

tenait le monde à sa merci. Des alternances de pros-

périté et de dépression se succédèrent. L’humanité

s’inclina sous ce qu’elle prenait pour des cycles natu-

rels inévitables.

Pendant ce temps, savants et techniciens s’achar-

naient à triompher des forces de la nature et à déve-

lopper les moyens de production. Et l’on vit paraître

l’imprimerie, se répandre l’instruction, surgir des

villes et des habitations meilleures, se multiplier

et se perfectionner les sources de la nourriture,

du vêtement, des agréments de la vie. L’homme

maîtrisa les forces de la nature, attela la vapeur et

l’électricité. Transformation et développements

partout — excepté dans le système monétaire.

Et le banquier s’enveloppa de mystère, entretint

la confiance que le monde soumis avait en lui, eut

même l’audace de faire proclamer par la presse, dont

il contrôlait la finance, que les banques avaient sorti

le monde de la barbarie, ouvert et civilisé des conti-

nents. Savants et travailleurs n’étaient plus considé-

rés que secondaires dans la marche du progrès.

Aux masses, la misère et le mépris; au financier

exploiteur, les richesses et les honneurs ! Comme

son digne successeur Herbert Holt d’aujourd’hui,

honoré, adulé, «siré», il réclamait l’estime du peuple

qu’il saignait: Si je suis riche et puissant pendant que

vous subissez les étreintes de la pauvreté et l’humi-

liation de l’assistance publique; si j’ai réussi en pleine

dépression à faire du 150 pour cent chaque année,

c’est chez vous la bêtise et chez moi «le fruit d’une

sage administration».

Louis Even

u

Les banques privées prêtent des

chiffres basés sur les richesses réelles

des nations...

...et elles enchaînent ainsi le monde

entier avec des dettes impossibles à

rembourser !

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