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Edition gratuite de VERS DEMAIN

Trois livres sur le Crédit Social

Vous pouvez lire sur le site de Vers

Demain les trois livres mentionnés ci-

dessous ou vous les procurez au bureau

Vers Demain:

Démocratie économique en 10 leçons

Sous le Signe de l’Abondance

Régime de Dettes à la Prospérité

Vers Demain, 1101 Principale,

Rougemont,

Qc. JOL IMO, Canada

Tél.: 1-450-469-2209 et 1-514-856-5714

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Au lieu de l’or, ce sont les reçus de l’orfèvre qui

changeaient de main. Tant qu’il n’y eut qu’un nombre

limité de vendeurs et d’acheteurs, ce n’était pas un

mauvais système. Il restait facile de suivre les péré-

grinations des reçus.

Prêteur d’or

Mais, l’orfèvre fit bientôt une découverte qui de-

vait affecter l’humanité beaucoup plus que le voyage

mémorable de Christophe Colomb lui-même. Il apprit,

par expérience, que presque tout l’or qu’on lui avait

confié demeurait intact dans sa voûte. Les propriétai-

res de cet or se servant de ses reçus dans leurs échan-

ges commerciaux, c’est à peine si un sur dix venait

quérir du métal précieux.

La soif du gain, l’envie de devenir riche plus vite

qu’en maniant ses outils de bijoutier, aiguisèrent l’es-

prit de notre homme et lui inspirèrent de l’audace.

«Pourquoi, se dit-il, ne me ferais-je pas prêteur d’or ! »

Prêteur, remarquez bien, d’or qui ne lui appartenait

pas. Et comme il n’avait pas l’âme droite de saint Eloi,

il couva et mûrit cette idée. Il la raffina encore davan-

tage: «Prêteur d’or qui ne m’appartient pas, et avec

intérêt, va sans dire! Mieux que cela, mon cher maî-

tre (parlait-il à Satan? ) — au lieu d’or, je vais prêter

des reçus et en exiger l’intérêt en or: cet or-là sera

bien a moi, et celui de mes clients restera dans mes

voûtes pour couvrir de nouveaux prêts.»

Il garda bien le secret de cette découverte, n’en

parlant même pas à sa femme qui s’étonnait de le

voir souvent se frotter les mains de joie. L’occasion

de mettre ses desseins à exécution ne tarda pas,

bien qu’il n’eût pour s’annoncer ni «La Presse» ni «Le

Star».

Un bon matin, en effet, un ami de l’orfèvre se pré-

senta chez lui pour réclamer une faveur. Cet homme

n’était pas sans biens — une maison ou une proprié-

té en culture — mais il avait besoin d’or pour régler

une transaction. S’il pouvait seulement en emprun-

ter, il le rendrait avec un surplus en compensation;

s’il y manquait, l’orfèvre saisirait sa propriété, d’une

valeur bien supérieure au prêt.

L’orfèvre ne se fit prier que pour la forme, puis

expliqua à son ami, d’un air désintéressé, qu’il serait

dangereux pour lui de sortir avec une forte somme

d’argent dans sa poche: «Je vais vous donner un

reçu; c’est comme si je vous prêtais de l’or que je

tiens en réserve dans ma voûte; vous passerez ce

reçu à votre créancier et s’il se présente, je lui remet-

trai l’or; vous me devrez tant d’intérêt.»

Le créancier ne se présenta pas généralement. Il

passa lui-même le reçu à un autre. Entre temps, la

réputation du prêteur d’or se répandit. On vint à lui.

Grâce à d’autres avances semblables par l’orfèvre, il

y eut bientôt plusieurs fois autant de reçus en circu-

lation que d’or réel dans les voûtes.

L’orfèvre lui-même avait bel et bien créé de la cir-

culation monétaire, à grand profit pour lui-même. Il

triompha vite de sa nervosité du début qui lui avait

fait craindre une demande simultanée d’or par un

grand nombre de détenteurs de reçus. Il pouvait

jouer dans une certaine limite en toute sécurité.

Quelle aubaine, de prêter ce qu’il n’avait pas et d’en

tirer intérêt — grâce à la confiance qu’on avait en lui

et qu’il eut soin de cultiver ! Il ne risquait rien tant

qu’il avait pour couvrir ses prêts une réserve que

son expérience jugeait suffisante. Si, d’autre part, un

emprunteur manquait à ses obligations et ne remet-

tait pas le prêt l’échéance venue, l’orfèvre acquérait

la propriété gagée. Sa conscience s’émoussa vite et

les scrupules du début ne le tourmentèrent plus.

Création de crédit

D’ailleurs, il crut sage de changer la formule et

quand il prêta, au lieu d’écrire: «Reçu de Jacques

Lespérance...» il écrivit: «Je promets de payer au

porteur...» Cette promesse circula comme de la

monnaie d’or. Incroyable, direz-vous. Allez donc,

regardez vos billets de banque d’aujourd’hui. Lisez

le texte qu’ils portent. Sont-ils si différents et ne cir-

culent-ils pas comme monnaie?

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