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Edition gratuite de VERS DEMAIN

monnaie légal émis par le gouvernement.»

L’Association bien organisée des banquiers

gagna la partie contre un public non organisé. Une

session spéciale du Congrès fut convoquée expres-

sément pour démolir la confiance grandissante du

peuple envers la monnaie gouvernementale. Pour

obliger le peuple à recourir aux banques, il fallait la

rareté de l’argent; on la fit sentir dans toute l’Amé-

rique et ce fut la crise qu’on appellera panique de

1893.

Est-ce le ciel, la température ou le hasard qui

causent les crises ? La rareté de l’argent est-elle pro-

voquée sans dessein? Qui en profite? Le passage

suivant est extrait d’une circulaire confidentielle de

banquiers précédant de deux ans la panique de 1893:

«Nous autorisons nos agents de prêts des

États de l’Ouest à prêter nos fonds sur immeubles,

remboursables le 1er septembre 1894, aucune

échéance ne devant dépasser cette date. Le 1er

septembre 1894, nous refuserons catégorique-

ment tout renouvellement de prêt. Ce jour-là, nous

exigerons le remboursement de notre argent, sous

peine de saisie des biens gagés. Les propriétés

hypothéquées deviendront nôtres. Nous pouvons

ainsi acquérir, au prix qu’il nous plaira, les deux

tiers des fermes à l’ouest du Mississippi et des mil-

liers d’autres à l’est de ce grand fleuve.

«Nous pourrons même posséder les trois

quarts des fermes de l’ouest et tout l’argent du

pays. Les cultivateurs ne seront plus alors que des

locataires, comme en Angleterre.» (Fin du texte)

Les saignées périodiques continuent, et les

crises aussi. La panique de 1907 n’eût pas d’autre

cause que la concentration du crédit, celle de 1920,

ni la crise actuelle non plus.

En mai 1920, une assemblée fut tenue secrète-

ment par les membres de la Chambre de Réserve

Fédérale, le conseil consultatif de Réserve Fédé-

rale et 36 directeurs de la classe A des banques de

Réserve Fédérale. On sait qu’il s’agit du système

américain de 12 banques centrales, propriétés pri-

vées des banques membres, système établi sur le

plan décidé à Londres, par l’intervention du financier

international Paul Warburg. Après une discussion

d’une journée, l’assemblée décida une contraction

de la monnaie et du crédit de la nation. Ce fut fait,

et dès juillet suivant, tous les prix s’affaissèrent, les

produits agricoles tombèrent à moins de la moitié

de leur prix, on eut la crise de 1920-22.

L’émission du crédit par les banques à l’état

de dette, et le remboursement de ces crédits aux

conditions posées par les banquiers placent le

monde à la discrétion des banquiers qui opèrent

sur un palier international. Les crises sont univer-

selles. Tous sont frappés.

En 1929, la compression soudaine des crédits

fit baisser de 20 milliards aux États-Unis les dépôts

et prêts à demande. Cette saignée pouvait bien

affaiblir le corps économique; les transactions par

chèques baissèrent de 1 200 milliards, les deux tiers

de la monnaie à la disposition du commerce et de

l’industrie.

Si le banquier est le créateur du crédit qui sert de

monnaie, il en est aussi le destructeur, et le passage

de ce crédit dans le corps économique lui laisse une

dette cancéreuse.

Le grand Pape Pie XI disait juste: «Ceux qui contrô-

lent la monnaie et le crédit sont devenus les maîtres

de nos vies.» (Encyclique

Quadragesimo anno

.)

Conclusion

La haute finance est organisée pour contrôler la

législation, pour dicter à l’univers son niveau de vie.

Il ne faut rien de moins, pour terrasser cet ennemi

puissant, que l’organisation de tout le peuple, de la

multitude elle-même.

D’aucuns nous blâment, nous (les propagan-

distes) du Crédit Social, de présenter la question

monétaire au public, au lieu de la discuter simple-

ment avec les économistes ou les autorités. Nous

le faisons, parce que nous voulons des résultats,

nous voulons un changement qui presse. Si, au

temps de Lincoln, le public américain avait connu

la question monétaire, ce n’est pas l’assassinat de

ce grand homme qui aurait permis à la finance de

resserrer ses mailles sur le continent américain. Si le

public canadien de toutes les provinces avait étudié

la question monétaire dès 1933 comme on l’a fait

généralement en Alberta, la crise serait finie depuis

1935 et la finance internationale n’aurait plus rien à

dire dans nos destinées. Des hommes isolés, on en

a toujours trouvés, et ce furent souvent des héros;

mais parce qu’ils ne surent ou ne purent passer leur

lumière au peuple, le peuple est resté dans la ser-

vitude. Jefferson, Lincoln, Greeley, Lindberg, Woo-

drow Wilson, et d’autres aux États-Unis constatè-

rent, dénoncèrent, mais rien ne changea, parce que

la multitude ignorait.

Ce ne sont pas les discussions académiques

dans des chambres bien confortables qui vont faire

cesser la misère, si oui elle le serait depuis long-

temps.

Les fronts couronnés de titres ou de diplômes

qui se contentent d’assister, passifs, sinon récal-

citrants, à la grande lutte pour la libération écono-

mique, peuvent simplement s’attendre à se voir

découronner de leur prestige lorsque le public,

enfin éclairé et délivré, se demandera où étaient ses

lumières pendant qu’il gémissait dans la servitude.

Louis Even