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Edition gratuite de VERS DEMAIN

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États-Unis une loi de démonétisation de l’argent et

placer davantage l’Amérique sous le sceptre de la

Rome financière du monde. Seyd était conseiller de

la Banque d’Angleterre, du moins il le dit. Laissons-

le raconter lui-même en peu de mots sa prouesse

de 1873:

«J’allai en Amérique (il parle à Londres)

durant l’hiver de 1872-1873, pour essayer de faire

passer une loi pour démonétiser l’argent, parce

que c’était dans l’intérêt de ceux que je représen-

tais: les gouverneurs et directeurs de la Banque

d’Angleterre. J’emportai avec moi 100,000 livres

sterling ($500,000), avec instruction que, si le mon-

tant était insuffisant, j’en pouvais tirer une autre

fois autant, ou même davantage. Les banquiers

allemands étaient aussi intéressés à mon succès.

Je vis les comités de la Chambre et du Sénat; je

payai l’argent et je demeurai en Amérique tant que

ce fut nécessaire. J’eus assez de la somme prise

avec moi.»

La loi fut signée de

bonne heure en 1873,

par le Président Grant

qui avouait, huit mois

plus tard, qu’il ne com-

prenait rien au texte

signé. Plusieurs mem-

bres du Congrès ont

laissé des déclarations

écrites confessant la

même ignorance. Seyd,

lui, savait mieux et il

disait un an plus tard au

Sénateur Luckenbach:

«Votre peuple ne

comprend pas maintenant l’immense portée de

cette mesure, mais il la sentira dans quelques

années...»

Le rapport du Congrès d’avril 1873 parle de

Seyd comme d’un bienfaiteur: «Ernest Seyd, de

Londres, écrivain distingué et expert en monnaie,

actuellement parmi nous, a donné beaucoup d’at-

tention au sujet de la frappe des monnaies. Après

avoir examiné la première rédaction du bill, il a

fait des suggestions intelligentes que le Comité a

incorporées dans le texte de la loi.»

Le

Bankers’ Magazine

(Revue des Banquiers),

naturellement mieux au courant, écrivait dans son

édition d’août 1873:

«En 1872, l’argent étant déjà démonétisé en

France, enAngleterreet enHollande, on leva$500,000

de fonds et Ernest Seyd, de Londres, fut envoyé en

ce pays (États-Unis) avec ces fonds, comme agent

des obligataires et capitalistes étrangers, pour obte-

nir le même résultat – ce qui fut accompli.”

Crise économique

suscitée par les banquiers

Les effets ne tardèrent pas à se faire sentir. Ce

fut la crise, ou panique, de 1873, dont le sénateur

Ferry du Michigan écrit: «

Des millions de per-

sonnes vivant dans de bonnes conditions de vie,

furent réduites à la misère, ou accablées de dettes

sous lesquelles elles devront ployer le dos jusqu’à

la tombe, puis la postérité innocente en héritera

et en portera le fardeau à son tour.»

On n’a pas dû manquer de dire aux victimes de

la crise que c’était la punition de leurs péchés ou de

leurs extravagances. Ernest Seyd aurait pu mieux

les renseigner.

Nous publions dans le prochain article de ce

supplément, sous le titre «Lettres édifiantes», quel-

ques lettres (alors confidentielles) et documents

de 1863, 1877, 1893, 1913, 1920 – pour achever

de brosser le tableau et montrer la conspiration

des banquiers dans le déclenchement des crises

modernes, ainsi que leurs efforts pour contrôler la

législation des Parlements.

Signalons seulement, en finissant cette mul-

titude d’apparitions de banquiers sur la scène,

l’intervention de Paul Warburg, financier interna-

tional de Londres, dans la préparation de la loi de

1913 pour l’établissement du système américain de

banques centrales, afin qu’elle soit bien à la sauce

internationale.

Les financiers de la haute ne sommeillent pas.

Devant la révolte «grondante» d’un monde qui

s’éveille à la réalité, ils mettent tout en œuvre pour

défendre leur monopole. Lors de l’assemblée de

l’Association des Banquiers Américains à Boston,

en octobre 1937, on eut soin d’insister sur l’impor-

tance de façonner la jeunesse des écoles par des

leçons ou des conférences glissées adroitement

par les banquiers Iocaux, par des concours sco-

laires présentés et corrigés par eux, etc.; et pour

les adultes la surveillance des journaux, l’inser-

tion d’articles préparés par les banquiers ou leurs

publicistes, l’élimination d’articles de nature à

blesser le prestige des banques, faisant au besoin

jouer le facteur décisif de l’influence par l’entre-

mise des annonceurs.

Au Canada, nous sommes tout à fait à l’unis-

son de Londres en fait de système financier: mon-

naie-dette, contrôlé par les banques, débentures

gouvernementales, dettes publiques. Nous avons,

nous aussi, depuis 1934, notre banque centrale, qui

n’a pas augmenté d’un denier le pouvoir d’achat

des Canadiens: elle n’est pas faite pour eux, malgré

son nom. On eut soin, à cette occasion, d’aller cher-

cher le secrétaire de la Banque d’Angleterre pour la

Ernest Seyd

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