« Nous sommes venus, nous avons vu, et nous avons cru »

le jeudi, 01 mars 2018. Dans Témoignages

Témoignage de Mgr Fridolin Ambongo de la RDC

Mgr Fridolin AmbongoLe 6 février 2018, le Pape François nommait Mgr Fridolin Ambongo Besungu, 58 ans, jusqu'à présent archevêque de Mbandka-Bikoro, au poste d’archevêque coadjuteur de l’archidiocèse de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), ce qui signifie qu’il remplacera bientôt le cardinal Laurent Monsengwo, 78 ans, actuel archevêque de Kinshasa.

Mgr Ambongo est appelé à remplacer le cardinal Monengwo à un moment délicat de l’histoire de la RDC, alors que le président actuel du pays, Joseph Kabila, aurait dû quitter le pouvoir il y a déjà deux ans, selon la constitution du pays, mais se maintient en place. Tout comme le cardinal Monsengwo, Mgr Ambongo plaide pour que la constitution et les droits des citoyens soient respectés.

Nous félicitons Mgr Ambongo pour sa nouvelle nomination; nous avons eu l’occasion à Rougemont d’apprécier l’intelligence et la foi profonde de Mgr Ambongo, puisqu’en août 2010 il était venu, avec six autres évêques africains, participer à une session d’étude sur le Crédit Social, qu’il avait alors qualifié de «découverte merveilleuse». Voici des extraits de ses commentaires donnés en août 2010 à Rougemont, suite à cette session d’étude sur le Crédit Social:

Une découverte merveilleuse

Nous sommes venus, nous avons vu, et je puis dire, comme d’autres évêques l’ont déjà dit, nous avons cru. Si je peux résumer mon expérience ici, pour moi c’est vraiment une découverte; une découverte merveilleuse, autour de quatre petits points: d’abord, les contenus lumineux de la Doctrine Sociale de l’Église appliqués au système financier assassin actuel. Moi je connais un peu la Doctrine Sociale de l’Église pour avoir été professeur de l’enseignement social de l’Église à l’Université catholique de Kinshasa pendant neuf ans jusqu’à mon ordination comme évêque.

Je connais un peu la Doctrine Sociale de l’Église, mais cette façon d’appliquer cette même Doctrine Sociale de l’Église à un problème concret, de façon organisée, et présentée avec aisance comme le faisait notre brillant professeur, Alain Pilote, il présente des choses difficiles mais de façon simple et à tout moment il était toujours de bonne humeur.

Il y en a qui ont fait des lectures avant de venir ici, moi je n’avais pas d’informations sur le Crédit Social. J’ai entendu parler de ça quand je suis venu ici. Mais cette théorie telle que développée en dix leçons: voilà! La chose était devenue tellement claire, et j’ai pu me retrouver là-dedans. Troisième élément qui explique ma découverte merveilleuse: c’est la rencontre avec les gens venus d’horizons divers, mais particulièrement pour moi ceux qui sont venus des États-Unis et du Canada.

Le système qui nous avilit

Pour nous, pays de l’hémisphère sud, l’Amérique du Nord, c’est le grand Satan comme disent les Iraniens, c’est-à-dire les malheurs qui nous arrivent, le système économico-financier qui nous avilit aujourd’hui, nous pensons que tous les Américains sont derrière ce système, nous pensons que c’est un système qui est partagé, qui est porté, soutenu par tout le monde parce qu’il profite à ce peuple-là.

Mais à voir des Américains, des Canadiens qui prennent distance par rapport à ce système, qui font des analyses critiques mais cohérentes pour démonter point par point ce système assassin satanique, pour moi cela a été une grande découverte. (…) Tout cela pour nous est une découverte au-delà de ce système qui fonctionne, et de notre point de vue du Sud, fonctionne dans l’intérêt du Nord, mais il y a aussi des victimes de ce côté-là (l’hémisphère nord), donc c’est un système qui fait des victimes sur tous les côtés, mais évidemment le poids ressenti par le nord et le sud, c’est différent, mais c’est (fondamentalement) la même chose (puisque causé par les mêmes financiers).

Une solution au problème de l’endettement

Enfin, ce qui m’a surtout soulagé, consolé pendant cette rencontre, c’est la découverte qu’une solution est possible au périlleux problème de l’endettement (des pays). Des fois on a l’impression que tout est bloqué: On ne sait rien faire, ils sont tout-puissants, qu’est-ce que nous pouvons faire? Mais cette session nous a quand même ouvert les yeux en disant: Une autre solution est possible; et nous ne sommes pas rentrés dans les détails techniques du système mais comme disait notre professeur: «Ça existe.» (C’est en fait la brochure de Louis Even, Un système financier efficace) Quand à l’applicabilité il n’appartient pas à nous de nous prononcer, nous sommes des évêques, un évêque n’est pas un spécialiste en finance internationale. Mais le principe en soi, en tout cas nous l’approuvons de toute notre force.

Mgr Fridolin Ambongo