La sainteté rendue accessible à tous

le mercredi, 01 mars 2023. Dans Catéchèses et enseignements, Saints & Bienheureux

La sainteté rendue accessible à tous par les écrits de saint François de Sales

Voici de larges extraits de la lettre encyclique « Rerum Omnium Perturbationem » (la perturbation universelle qui règne en ce moment) du pape Pie XI, datée du 26 janvier 1923, sur le troisième centenaire de la mort de saint François de Sales. Dans cette encyclique, Pie XI déclarait saint François de Sales patron des journalistes et des écrivains:

Enseigner aux hommes la vérité

Dans son magistère comme dans son ministère, l'Église n'a qu'un but: enseigner aux hommes par la prédication la vérité divinement révélée et les sanctifier par les plus abondantes effusions de la grâce divine; c'est par ce moyen qu'elle s'efforce de ramener dans le droit chemin, dès qu'elle la voit s'en écarter, la société civile même que jadis elle a formée et comme modelée d'après les principes chrétiens….

Ce faisant, l'Église agit en pleine conformité avec sa nature: le Christ, son fondateur, ne l'a-t-il pas constituée sainte et sanctificatrice et à tous tendre à la sainteté? La volonté de Dieu, dit saint Paul, est que vous vous sanctifiiez (1 Th 4, 3); et le Seigneur lui-même explique en ces termes quelle doit être cette sanctification: Soyez donc vous-mêmes parfaits, comme votre Père céleste est parfait (Mt 5, 48).

La recherche de la perfection concerne tous les hommes

Nul ne doit s'imaginer que ce précepte s'adresse à un petit nombre d'âmes d'élite, et qu'il soit loisible aux autres de s'en tenir à un degré de vertu inférieur. Cette loi, le texte est évident, astreint absolument tous les hommes, sans exception aucune; d'autre part, ceux qui ont atteint le sommet de la perfection chrétienne – l'histoire témoigne qu'ils sont presque innombrables, de tout âge et de toute condition – ont tous connu les mêmes faiblesses de la nature que les autres fidèles et ont dû affronter les mêmes périls. Tant il est vrai, suivant la remarquable parole de saint Augustin, que Dieu n'ordonne pas l'impossible, mais en commandant, il avertit qu'il faut accomplir ce que nous pouvons et demander la force d'exécuter ce dont nous sommes incapables (S. Augustin, De natura et gratia, c. 43, n° 50)].

Voici que se présente fort à propos le troisième centenaire de la naissance au ciel d'un saint éminent, célèbre non seulement pour avoir excellé dans la pratique de toutes les vertus, mais encore pour avoir formulé les principes et la méthode de docteur de l'Église…

La sainteté est accessible

François de Sales paraît également avoir été, par un dessein spécial de Dieu, donné à l'Église pour réfuter, par les exemples de sa vie et l'autorité de sa doctrine un préjugé déjà en vogue à son époque et encore répandu de nos jours, à savoir que la véritable sainteté, conforme à l'enseignement de l'Église catholique, dépasse la portée des efforts humains, ou à tout le moins qu'elle est si difficile à atteindre qu'elle ne concerne en aucune façon le commun des fidèles, mais seulement  un petit nombre de personnes douées d'une rare énergie et d'une exceptionnelle élévation d'âme; que, en outre, cette sainteté entraîne tant d'ennuis et d'embarras qu'elle est absolument incompatible avec la situation d'hommes et de femmes vivant dans le monde.

Si on examine avec attention la vie de François de Sales, on voit qu'il fut dès ses premières années un modèle de sainteté, un modèle non point froid et triste, mais aimable et accessible à tous, de sorte qu'on peut en toute vérité lui appliquer cette parole: Son commerce n'a point d'amertume, et sa compagnie n'est point ennuyeuse, mais procure joie et plaisir (Sg 8, 16).

Douceur d'âme

De fait, s'il a brillé de l'éclat de toutes les vertus, saint François s'est distingué par une exquise douceur d'âme qu'on est fondé à considérer comme sa note particulière et caractéristique. Sa douceur toutefois, n'avait rien de commun avec cette amabilité affectée qui se dépense en civilités raffinées et s'étale en prévenances excessives; elle était aux antipodes aussi bien d'une torpeur ou apathie que rien n'émeut, que d'une timidité qui n'a pas la force, même quand c'est nécessaire, de manifester une indignation.

Charité délicieuse

Cette vertu prédominante, jaillie des profondeurs de l'âme de François de Sales comme une délicieuse fleur de charité puisqu'elle était faite surtout de compassion et d'indulgence, atténuait de suavité la gravité de son visage, se reflétait dans sa démarche et dans sa voix, et lui gagnait les égards empressés de tous. Les historiens attestent que notre saint était accoutumé de recevoir sans la moindre difficulté et d'accueillir avec tendresse tous ceux, et plus spécialement les pécheurs et apostats, qui se pressaient à sa porte pour recevoir le pardon de leurs fautes et amender leur conduite; s'occuper des condamnés détenus en prison était sa joie, et il les réconfortait, au cours de fréquentes visites, par les mille industries de sa charité; il ne montrait pas moins d'indulgence dans ses rapports avec ses serviteurs, supportant avec une patience exemplaire leurs négligences et leurs manques de respect.

Dévoué au salut des âmes

L'année qui suit son ordination, il s'offre spontanément, sans l'assentiment et contre le gré de son père, à Granier, évêque de Genève, pour ramener à l'Église la population du Chablais; bien volontiers l'évêque lui confie cette province étendue et inhospitalière; saint François s'y dévoue avec tant de zèle qu'il ne recule devant nulle fatigue et ne se laisse même arrêter par aucun danger de mort. Or, l'extrême étendue de sa science, la force et les ressources de son éloquence firent moins, pour procurer le salut à tant de milliers d'âmes, que la bonté souriante dont jamais il ne se départit dans l'exercice du saint ministère.

Il aimait à redire fréquemment cet adage qui mérite d'être retenu: « Les Apôtres ne combattent qu'en souffrant et ne triomphent qu'en mourant »; et l'on a peine à croire avec quelle ardeur et quelle persévérance il soutint la cause de Jésus-Christ parmi ses chères populations du Chablais.

Une vertu durement acquise à l'exemple du divin maître

Pour leur porter les lumières de la foi et les consolations de l'espérance chrétienne, notre saint allait par le fond des vallées et se glissait en rampant à travers les gorges étroites. Si les âmes fuient, il se met à leur poursuite, les appelant à grands cris; brutalement repoussé, il ne se décourage point; assailli de menaces, il se remet à l'œuvre; expulsé plus d'une fois des hôtelleries, il passe des nuits en plein air dans le froid et la neige; il célèbre la Messe même si tout assistant fait défaut; ses auditeurs se retirant presque tous, il continue de prêcher; toujours il conserve une parfaite égalité d'âme, et il témoigne aux ingrats une charité souverainement aimable qui finit par triompher de ses adversaires, si obstinée que puisse être leur résistance.

D'aucuns penseront peut-être que François de Sales a hérité en naissant de ces qualités morales, et qu'il est une de ces natures spécialement privilégiées que la grâce de Dieu a prévenue du don de la douceur (Ps 20, 4): erreur profonde! Au contraire, il était, de par son tempérament physique même, d'un naturel difficile, et enclin à la colère; mais, s'étant fixé pour modèle le Christ Jésus qui a dit: Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11, 29), il surveilla constamment les mouvements de son âme et, en se faisant violence, réussit si bien à les comprimer et à les dompter, que nul n'a mieux rappelé que lui, en toute sa personne, le Dieu de paix et de mansuétude.

Les médecins auxquels, après sa mort, sa sainte dépouille fut remise pour l'embaumement trouvèrent le foie presque pétrifié et réduit en menus calculs; ce phénomène révéla quelles violences et quels efforts il avait dû s'imposer pour dompter, cinquante années durant, son irascibilité native.

Force et douceur

Ainsi donc, c'est à sa force d'âme, sans cesse alimentée par une foi robuste et un brûlant amour de Dieu, que François de Sales dut toute sa douceur, de façon qu'on peut lui appliquer à la lettre ce mot de la Sainte Écriture: De la force est sortie la douceur (Juges 14, 14). Et par la douceur apostolique qui le distinguait, et qui, au dire de Jean Chrysostome, est la plus puissante des violences, il ne pouvait manquer de jouir, pour attirer les cœurs, de ce pouvoir que promet aux doux l'oracle divin: Heureux les doux, car ils seront maîtres du monde (Mt 5, 4).

Voyons maintenant, Vénérables Frères, comment François de Sales, en même temps qu'il s'est montré personnellement un modèle aimable de sainteté, a indiqué aussi à tous par ses écrits une voie sûre et rapide vers la perfection chrétienne, et comment, ici encore, il a imité le Seigneur Jésus, qui enseigna par l'exemple puis par la parole. Il a écrit dans ce dessein de nombreux ouvrages fort célèbres, parmi lesquels deux livres très répandus occupent la première place: Philothée (Introduction à la vie dévote) et le Traité de l'amour de Dieu.

A. L'Introduction à la vie dévote

La sainteté est compatible avec tous les états de vie

Dans le premier, François de Sales, sans enlever à la vraie piété la juste austérité qui convient à la vie chrétienne, la distingue tout d'abord de cette sévérité exagérée qui effraye et décourage les âmes dans la pratique de la vertu; puis il se consacre tout entier à montrer que la sainteté est parfaitement compatible avec tous les devoirs et toutes les conditions de la vie dans le monde, que chacun peut au milieu même du siècle, mener une vie conforme à ses intérêts éternels pourvu qu'il ne se laisse pas envahir et imprégner par l'esprit du monde.

Il nous enseigne encore à rester fidèles aux convenances, qu'il appelle lui-même les dehors attrayants de la vertu; à ne pas supprimer la nature, mais à la vaincre; à nous élever vers le ciel peu à peu, à petits coups d'ailes à la façon des colombes, si nous ne pouvons imiter le vol des aigles, c'est-à-dire à tendre à la sainteté par la voie commune si l'on n'est point appelé à une perfection extraordinaire.

Éviter les fautes

Toujours dans ce style grave et alerte à la fois, émaillé d'expressions et de traits ingénieux et charmants qui relèvent les enseignements et les font mieux accepter du lecteur, François de Sales commence par recommander d'éviter toute faute, de résister aux penchants mauvais, de fuir tout ce qui est inutile ou dangereux; puis il indique les pratiques propres à perfectionner notre âme et la méthode à suivre pour nous unir à Dieu.

Cultiver une vertu spéciale

Il poursuit en établissant qu'il faut choisir quelque vertu spéciale que l'on ne cessera de cultiver jusqu'à ce qu'on la possède. Il traite alors des vertus en particulier, de la chasteté, des bonnes et des mauvaises conversations, des divertissements permis et de ceux qui sont dangereux, de la fidélité envers Dieu, enfin des devoirs des époux, des veuves et des vierges.

Vaincre les tentations

Il conclut en enseignant par quels procédés on arrive à découvrir et vaincre les dangers, les tentations et les séductions de la volupté, puis par quels exercices il convient chaque année de renouveler nos bons propos, et confirmer notre âme en la dévotion.

Puisse cet ouvrage, le plus achevé qu'on ait publié en ce genre, de l'avis des contemporains de saint François, être encore aujourd'hui entre les mains de tous les fidèles, comme jadis, il fut longtemps le livre de chevet de tous! La piété chrétienne refleurirait dans le monde entier, et l'Église de Dieu goûterait la joie de voir la sainteté se répandre parmi tous ses enfants.

B. Le Traité de l'amour de Dieu

Le Traité de l'amour de Dieu a plus d'importance encore et d'autorité. Entreprenant une sorte d'histoire du divin amour, le saint docteur en décrit la genèse et les développements, les causes qui le font s'attiédir et languir dans les âmes, enfin la manière de s'y exercer et d'y progresser.

Les questions difficiles

Quand le sujet lui en fournit l'occasion, il fait un exposé lumineux des questions les plus difficiles: grâce efficace, prédestination, vocation à la foi; et, pour éviter l'aridité, son génie riche et souple relève son discours de si gracieuses images et d'un parfum de piété si pénétrant, il l'agrémente d'allégories si variées, d'exemples et de citations si appropriés, empruntés pour la plupart à la Sainte Écriture, que l'ouvrage semble moins une œuvre de son esprit que l'effusion des plus intimes sentiments de son cœur.

Mise en pratique

Les principes de vie spirituelle qu'il avait formulés dans ces deux ouvrages, notre saint en fit lui-même profiter les âmes, soit dans l'exercice quotidien du ministère, soit dans les admirables Lettres sorties de sa plume. En outre, il les adapta à la direction des Sœurs de la Visitation dont l'institut, fondé par lui, garde encore très religieusement son esprit.

                                                              Pie XI

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