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Héritage et Héritiers

le mardi, 01 janvier 2019. Dans Dividende Social

15. Qu’est-ce que le droit à l’héritage?

Des parents laissent en héritage à leur enfant une propriété ou une somme d'argent.

Celui-ci n'a peut-être jamais travaillé sur la propriété de ses parents, n'a peut-être jamais gagné un sou de sa vie.

Va-t-on pour cela lui nier le droit à l'héritage de ses parents, sous prétexte qu'il ne l'a pas gagné? Ou qu'il est paresseux, ou qu'il le gaspillera?

— Non! On dira: Ses parents l'ont gagné pour lui, il y a droit. Et la loi protège son droit à cet héritage.1

16. Avons-nous aussi des droits sur l’héritage culturel?

Certainement! Le grand facteur de production moderne, le progrès, n'a pas été gagné ni par vous ni par moi. Il a été gagné pour vous comme pour moi, par les générations qui nous ont précédées et nous l'ont transmis.

Pourquoi nous nier cet héritage, sous prétexte que nous ne l'avons pas gagné?

Les industriels, et les travailleurs, nous le répétons, ont droit à leur récompense pour ce qu'ils font actuellement.

Mais la récompense des efforts et des progrès des générations passées doit apporter quelque chose à tout le monde.

Personne ne doit naître dépourvu dans un monde enrichi par tant d'acquisitions accumulées.1

17. Sommes-nous vraiment des héritiers?

Oui! C'est tellement vrai qu’on appelle les pauvres des déshérités.

Pour qu'ils soient des déshérités, il faut qu'ils aient eu droit à un héritage et qu'on les en ait privés.

18. Oui, la machine héritage du progrès augmente la production, mais quand l’industriel l’achète, n’a-t-il pas droit à son profit?

Oui! Et nous reconnaissons le droit aux profits de ceux qui ont payé ces machines.

Mais dans chacune de ces machines, il y a une invention, une «patente», sans laquelle cette machine ne serait que des pièces d'acier.

Cette invention, qu'on peut appeler l'âme de la machine, est une acquisition qui n'aurait jamais été ni faite ni transmise sans la vie en société, sans l'existence de moyens d'instruction et sans les acquisitions précédentes dont l'inventeur a bénéficié.

19. Le dividende de l’investisseur est décidé par la compagnie qui gère son placement. Pour le Dividende Social, qui va prendre les décisions?

Le Dividende Social à tous doit être décidé par la société elle-même, puisque c'est un bien de la société. Et cette économie distributive serait autrement plus ensoleillée que celle d’aujourd'hui. Une distribution généreuse comme l'abondante production moderne.

Une distribution assurant une part à chacun et couvrant au moins les premières nécessités de la vie. Et le Dividende Social irait en progressant à mesure du progrès — tout en laissant une récompense adéquate à ceux qui travaillent pour mettre en valeur notre capital commun.

20. Pourquoi cette économie distributive n'est-elle pas réclamée avec instance?

Parce qu'elle est encore trop ignorée, trop incomprise. Parce qu’on a longtemps hypnotisé l’humanité avec une philosophie de jansénisme économique, entretenue par les puissances financières et par ceux qui tiennent à mieux dominer les autres.

21. On entend dire que l’homme doit gagner sa vie à la sueur de son front. Pourquoi ce paradoxe dans les discours?

Parce que même si les richesses débordent, il y a un système financier faux, absurde, menteur, diamétralement opposé aux faits qui change les héritiers en débiteurs.2

22. Pourriez-vous nous parler de ces situations absurdes?

Prenons l’exemple d’un défricheur courageux qui s’en va ouvrir une terre neuve au nord du Canada.

Sa tâche est de changer en ferme productive un fouillis de bouleaux et d’autres pauvres essences.

Cet homme, cette femme et leurs mioches vont peiner vingt, trente, quarante ans, avec bien des chances de ne laisser à leurs enfants qu’une ferme hypothéquée et le souvenir de leurs vertus.

De nos bois, de nos terres, de nos usines semble sortir une voix qui parodie: «Tu feras des dettes à la sueur de ton front.»

Un autre exemple: Un enfant vient de naître; le baptême ne l’a pas encore fait enfant de l’Église qu’il est déjà débiteur.

C’est qu’en effet, sous le système illogique d’aujourd’hui, plus un pays acquiert d’actif, plus il augmente sa dette «financière».

Le travailleur crée de la richesse, le parasite gère la finance.

Et comme, malgré tous les beaux discours qui disent le contraire, on place la finance au-dessus de l’être humain, le parasite est maître, le travailleur est esclave.

Dites au travailleur qu’il est héritier, le parasite lui fera dire que vous êtes un utopiste, un semeur de désordre.

Un système qui existe pour le profit de quelques-uns et l’asservissement des peuples ne veut pas admettre l’héritage réel, le grand actif légué à une génération par toutes celles qui l’ont précédée.

Mais la réforme économique du Crédit Social, qui a perdu tout respect pour les vieilles idoles, proclame bien haut l’existence de l’héritage et les droits de l’héritier. 18

23. De quelle façon va-t-on reconnaître aux héritiers leurs droits?

En distribuant le revenu de cet héritage à tous les membres de la société par le Dividende Social.

Le dividende est parfaitement justifiable, lorsqu’il y a production fructueuse.. L’entreprise qui fait des profits les répartit à ses actionnaires.

24. N’est-ce pas du socialisme, du communisme?

Qu’on ne voit pas dans cette théorie l’ombre de communisme ou de socialisme.

L’industrie privée demeure. La propriété privée demeure.

Le propriétaire continue de retirer la pleine valeur de son bien. Le capital-argent, privé et réellement placé continue de commander des dividendes raisonnables. Le travail continue de retirer son salaire.

Mais les héritiers touchent le revenu de leur héritage. Tous, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, employés ou non employés, malades ou en santé, ont droit à ce dividende.

C’est la propriété commune de tout le monde.

Si vous l’accordez à quelques-uns plus qu’à d’autres, vous favorisez un héritier plus que l’autre.

Si vous ne l’accordez à personne, vous laissez la production se gaspiller en face de besoins criants.


 

1).  V.D. 1er novembre 1958, Tous capitalistes, à tous un dividende

2). Vers Demain, 1er janvier 1945, Héritage commun et ses héritiers

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