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Ce qu'il faut changer

Louis Even le vendredi, 15 mars 1940. Dans Crédit Social

CE QU’IL FAUT CHANGER

Ce vieux bazout a pu être une merveille de son temps, certainement pas aujourd’hui. Les fils sont rouillés, le réservoir percé, les pneus criblés de plaies. Vous n’en voudriez pas pour cinq sous.

Qu’est-ce qui passe donc par la tête de ce personnage bien gras, bien vêtu, avec un gros Havane aux lèvres ?

Veut-il imiter les comédies de Charlie Chaplin ?

Pourtant, il a l’air de prendre les choses au sérieux. Et son chauffeur donc ! Chauffeur en livrée, s’il vous plaît.

Vous riez de la machine. Ne manquez pas de respect à monsieur. C’est un personnage important. C’est monsieur Canada.

Pourquoi monsieur Canada devient-il impatient ? Il menace de congédier son chauffeur. Dieu sait pourtant si le chauffeur a sorti toutes ses ressources !

Ne croyez pas, non plus, que Monsieur le chauffeur Rouge tienne à perdre sa place. C’est honorable et payant de conduire la machine de Monsieur Canada, même si elle n’avance pas. Aussi voyez l’empressement de son concurrent, Monsieur le chauffeur Bleu, à offrir ses services.

Monsieur le chauffeur Bleu fera-t-il mieux ? Il a déjà fait du service, il connaît le bazout, les fureurs périodiques du gros monsieur. Mais n’importe, c’est honorable et payant de conduire la machine de Monsieur Canada, même si elle n’avance pas.

Le petit garçon ne connaît pas toutes les filouteries de la politique. Il n’a jamais porté la livrée de chauffeur. Pas de casquette. N’importe, il a au moins toute la logique et la sincérité de nos petits Canadiens, qu’ils soient des villes, de la campagne ou de la colonisation.

Aussi le petit Crédit Social s’exclame-t-il spontanément :

"Change donc de machine au lieu de changer de chauffeur !"

Mais Monsieur Canada est tellement habitué à se faire véhiculer, cahin-caha, par ces deux illustres chauffeurs, l’un après l’autre, qu’il ne songe encore qu’au changement traditionnel. Il a certainement plus de graisse dans son bedon que de cervelle dans sa tête.

Mais quelle machine devra donc adopter Monsieur Canada ? Une machine qui fait ce qu’une machine doit faire. Une voiture qui roule, qui fait de la vitesse même, qui va où l’on veut aller et se rend à temps.

C’est la machine financière de Monsieur Canada qui est détraquée, parce qu’elle est démodée. Ce ne sont pas les forêts du Canada qui refusent de fournir le bois aux Canadiens. Ce ne sont pas ses grands fleuves, ses torrents d’eau fraîche qui se sont vidés à sec. Ce ne sont pas ses manufactures qui ont perdu leur capacité de rendement. Ce ne sont pas ses hommes qui font défaut. Mais tout cela va certainement tomber en ruine si Monsieur Canada continue à tout soumettre à sa vieille machine financière.

Il lui faut une machine financière qui serve les Canadiens au lieu de les punir. Une machine qui fasse de l’argent au lieu de faire des dettes. Une machine qui augmente le pouvoir d’achat au lieu de le diminuer par les taxes grossissantes. Un modèle 1940, et non une vieille épave qui ne vaut pas une carriole tirée par le plus piètre des moteurs à crottin.

C’est une économie nouvelle qu’il faut à Monsieur Canada. Plus une économie de privation, mais une économie distributrice d’abondance.

L’argent par le gouvernement du pays pour les besoins du pays. Tout l’argent canadien qu’il faut pour acheter toute la production du Canada.

De l’argent nouveau ajouté à l’ancien, autant qu’il en faut. Cet argent nouveau distribué à tout le monde.

La finance canadienne au service des Canadiens. Les richesses du Canada aux familles canadiennes, à toutes les familles.

La vérité est encore dans la bouche des enfants. Mais ceux qui, par leur astuce, ont saisi les places de commande, ont depuis longtemps perdu le sens de la droiture et leur langue est trompeuse.

VERS DEMAIN 15 mars 1940 p8 1940_03_No10_P_008.doc

Louis Even

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