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La naissance du Monstre

Écrit par Louis Even le mercredi, 15 janvier 1941. Publié dans Banques

La Banque MonstreIl y eut toujours sur la terre, depuis les jours de Caïn et d’Abel, des hommes qui essayèrent de dominer leurs frères autrement que par l’autorité légitime. Celle-ci d’ailleurs est fonction du bien commun, tandis que la domination par des particuliers est fonction de l’orgueil ou de la cupidité.

Les peuples pasteurs se battaient pour des terres à pâturages; les Indiens d’Amérique, pour des terrains de chasse et de pêche. Les Danois, les Normands, comme les Wisigoths et les Ostrogoths, cherchaient des territoires de richesse plus abondante ou plus facile que dans leurs pays d’origine.

Au moins, c’est pour la richesse, pour des biens utiles, qu’on luttait, non pas pour le signe.

Le signe, l’argent, a pris la primauté sur la richesse réelle.

Là encore, si nous ne nous trompons pas en lisant entre les lignes, il nous semble que, depuis longtemps, on s’est évertué à tenir le signe plus rare que la chose. Les contrôleurs de l’argent ont longtemps fait en sorte que l’argent fût absent, même quand le produit était là.

Nous voyons, par exemple, dans l’Évangile, Judas faire cette réflexion: «Pourquoi n’avoir pas vendu ce parfum? On aurait pu distribuer l’argent aux pauvres.» (Matthieu 26, 19.)

La vente du parfum et la distribution de l’argent aux pauvres n’auraient pas placé un pain de plus sur l’étagère du marchand, et pourtant l’argent entre les mains du pauvre lui aurait permis de manger. Cela ne veut-il pas dire que, même en ce temps-là, il y avait plus de choses offertes que d’argent pour les acheter?

La vie de saint Augustin nous montre le jeune homme, qui n’était pas encore dans le sacerdoce, cherchant la place de rhéteur à l’Université de Milan, à cause de la rémunération attachée à la charge. Ils étaient huit aspirants, tous les huit compétents. Il obtint la place, grâce à la protection du préfet de la ville. Il y avait donc en ce temps-là aussi abondance d’offre de services par rapport à la capacité de payer les emplois. On pratiquait aussi le patronage.

Dans L’Amour médecin de Molière, Sganarelle, ne sachant comment dissiper la mélancolie de sa fille, consulte ses deux voisins, l’un tapissier, l’autre orfèvre. Le tapissier répond: Donnez-lui des tentures. L’orfèvre dit: Donnez-lui des bijoux. L’un et l’autre cherche l’écoulement de sa marchandise. Au dix-septième siècle, le problème était-il donc déjà de vendre, plus peut-être que de produire?

Évidemment, avec la spécialisation grandissante du travail, qui réclame une augmentation parallèle du régime des échanges, et surtout avec la production mécanisée, motorisée d’aujourd’hui, le contraste entre la richesse abondante et le signe rare est beaucoup plus frappant et plus exaspérant.

Autrefois aussi, c’étaient des individus, ou des groupes localisés qui exploitaient les autres dans un territoire plutôt limité. Souvent en marge de la loi. Tels les usuriers du Moyen Âge.

Aujourd’hui, l’usure est légalisée, l’exploitation centralisée et jouissant de la protection des gouvernements dans tous les pays civilisés.

Comment en est-on venu là?

La Banque d’Angleterre

Une étape importante fut certainement la fondation de la Banque d’Angleterre et le privilège donné à des particuliers d’émettre la monnaie de la nation en endettant la nation. L’année 1694 pourrait être considérée comme la date de naissance du monstre international, même s’il y eut des monstres précurseurs partout où il y avait richesse à distribuer ou à rafler.

Voici comment Christopher Hollis raconte la fondation de la Banque d’Angleterre dans son livre The Breakdown of Money, pages 49 et 50:

William Patterson«Le gouvernement du roi Guillaume III (d’Angleterre) avait terriblement besoin d’argent pour poursuivre une guerre. Il ne se trouvait pas assez fort pour lever suffisamment d’argent par des impôts.

«Une certaine compagnie londonienne d’hommes riches, qui avait pris nom «Compagnie de la Banque d’Angleterre», offrit au Roi, par l’entremise de son président, William Patterson, un prêt de 1 200 000 livres sterling. Elle y mettait deux conditions: premièrement, un intérêt à 8 pour cent; deuxièmement, le droit pour la banque d’émettre du papier-monnaie, que le roi déclarerait argent légal, au montant de l’argent prêté.

«La banque demandait donc, et obtint, le droit de prélever 1 200 000 livres sterling en or et en argent, de doubler cette quantité d’argent en imprimant 1 200 000 livres sterling de monnaie de papier, prêtant au gouvernement l’or et l’argent et gardant pour son usage le montant égal d’argent de papier.

«C’était conférer à la Banque une prérogative jusque-là royale — celle de fabriquer l’argent pour l’Angleterre.

«William Patterson saisissait très bien toute la portée du privilège obtenu, et lui-même écrivait:

«Si les propriétaires de la banque ont pu mettre en circulation leur propre 1 200 000 livres sterling sans avoir en aucun temps plus que 200 000 à 300 000 livres sous la main, l’opération contractée aura l’effet d’apporter à la nation 900 000 à 1 000 000 livres sterling d’argent nouveau pour la circulation.

«En réalité, la banque ne garda même pas cette proportion de réserve. Dès 1696, on trouve ses billets dans la circulation pour un montant, de 1 750 000 livres sterling contre une réserve métallique de 36 000 livres sterling (à peine 2 pour cent de réserve).»

Voilà donc une compagnie privée, la Banque d’Angleterre, devenue plus puissante que le roi, plus puissante que n’importe quel gouvernement d’Angleterre.

Dès l’origine de cette mainmise d’exploiteurs sur la chose publique, on trouve que la nouvelle machine monétaire fonctionne surtout pour financer les guerres.

La machine s’est étendue aux autres pays civilisés, et elle, fonctionne avec le même esprit: tenir l’argent rare pour qu’on soit toujours à la porte des fabricants d’argent, qui sont en même temps des fabricants de dettes. En temps de guerre, la machine prend de l’allure pour financer la tuerie. D’ailleurs avec des profits appréciables.

Le président Roosevelt disait bien, dans un récent discours: «Je ne sache pas qu’une seule guerre ait été gagnée ou perdue par le fait de sa finance.» Ce sont les hommes et le matériel qui décident de la guerre. Ce qui n’empêche pas qu’une fois la guerre terminée, on la paie à des financiers!

Le monstre reçut donc une charte en Angleterre en 1694. Elle fut consolidée en 1844 et parfaite par M. Baldwin en 1928. Sur ces petits détails nous pourrons revenir à l’occasion.

Pour aujourd’hui, nous donnons, dans un autre article, quelques renseignements sur la manière dont le monstre a étendu ses griffes sur l’Amérique. Nous esquissons aussi quelques grandes figures qui, soit avant 1694, soit depuis ont ébloui l’humanité et qui, en retour, se virent décerner des honneurs par les autorités de leur temps. Les petits larcins sont punis; les grands vols, exécutés avec art, sont exaltés et récompensés.

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